jeudi 24 avril 2014

La face invisible de « Star Wars »

En près de 40 ans, et bientôt 7 épisodes, la saga « Star Wars » est devenue un mythe. Pourquoi fascine-t-elle ? Et si elle traçait un véritable chemin initiatique ? Décryptage d’une épopée, de l’ombre à la lumière. 



« J’avais 11 ans lorsque j’ai vu le premier épisode, se souvient J.J Abrams, réalisateur du futur Star Wars 7, dont le tournage débutera en mai 2014. Ce film m’a marqué à jamais. Tout était possible, il existait dans l’univers un monde inconnu, d’une incroyable richesse. C’est ce qui, aujourd’hui encore, nous interpelle. »

Un monde inconnu ? Parle-t-il simplement d’un univers où d’autres planètes sont peuplées, où les guerres se règlent dans les étoiles ? Pas forcément. Sous ses allures classiques d’affrontement entre le bien et le mal, Star Wars évoque les arcanes éternels de l’humanité… et en donne les clés. « George Lucas a été très influencé par le travail de l’américain Joseph Campbell sur les mythes, la façon dont ils s’articulent et ce qu’ils nous enseignent », indique l’universitaire Paul-Georges Sansonetti dans l'émission de radio Bob vous dit toute la vérité. Depuis la nuit des temps, d’un bout à l’autre de la planète, ces récits aux structures étrangement similaires ont pour but de nous transmettre un message. Que nous révèle donc l’histoire de Luke Skywalker ?

Voyage initiatique


Au début de la saga, le héros est un jeune homme ordinaire. Un concours de circonstances, pourtant, l’amène à s’extirper de son train-train, traverser ses peurs, transcender ses doutes et ses blessures pour relever des défis périlleux, en tirer une sagesse et accomplir un destin extraordinaire. « Son nom, déjà, n’a rien d’anodin, note Paul-Georges Sansonetti. Skywalker : celui qui marche au ciel, qui va prendre la mesure de sa dimension céleste. » Car là est bien le sujet, dans les parcours croisés de Luke et de son père, Anakin, devenu le maléfique Dark Vador. Qu’est-ce qui, à un moment donné, nous fait pencher vers l’ombre ou bien vers de la lumière ? « Selon l’expression du Tao, il n’y a pas l’épaisseur d’un fil d’araignée entre le bien et le mal », rappelle Paul-Georges Sansonetti. A chaque instant, « on peut basculer d’un côté ou de l’autre ». La vie ne cesse de nous meurtrir, de nous challenger. Le choix est nôtre : nous laisserons-nous aller à la peur, à la colère, l’impatience, l’orgueil, la convoitise ou la soif de puissance, ou parviendrons-nous à dépasser cette tentation pour affronter notre part d’ombre, parvenir à la transcender et rayonner d’autre chose, plus vaste que nos égos ?

« Star Wars transmet l’idée qu’on récolte toujours ce que l’on sème », note Paul-Georges Sansonetti. Mais la saga n’est pas qu’une histoire de karma. Epaulé par la confrérie des chevaliers Jedi, Luke Skywalker découvre peu à peu que la maîtrise de son intériorité peut l’ouvrir à un monde plus vaste. Tout à la fois combattants de la justice et de la paix, gardiens d’une vérité et mentors spirituels, ces Jedi – à la croisée du Merlin du Roi Arthur, du Gandalf des hobbits, des Chevaliers de la Table ronde et des Samouraïs – transmettent au jeune homme un enseignement fondé sur la reconnaissance et la maîtrise de la Force, « un champ d’énergie qui nous entoure, nous pénètre, lie tous les êtres vivants et toutes les galaxies » - comme l’un d’eux dans le film. La notion n’est pas nouvelle : c’est le Chi des chinois, le Prana des hindous, le Dieu des religions monothéistes, le principe polynésien de Mana, le Ka de l’Egypte ancienne « qui désigne à la fois la force vitale et spirituelle, et le corps subtil, explique Paul-Georges Sansonetti. Pour les égyptiens, le point de concentration du Ka était une colonne représentant la colonne vertébrale d’Osiris, qu’ils appelaient le Djed »… Et dont Georges Lucas s’est peut-être inspiré pour nommer ses chevaliers.

L’entraînement que reçoit Luke Skywalker est donc une sorte de « yoga », de discipline complète de l’être destinée à faire taire le bruit du mental, se défaire des réflexes conditionnés, se relier à son intuition et prendre peu à peu conscience que nous ne sommes pas que matière, qu’une force subtile nous entoure, qu’il est possible de s’y connecter et de l’utiliser, si tant est que nous parvenions à limer notre égo pour atteindre l’unification du corps et de l’esprit, de soi et de tout le reste. Alors, comme les Jedi, nous serons capables de pouvoirs qui peuvent paraître extraordinaires (suggestion mentale, kinesthésie, sixième sens, télépathie)… Mais qui sont décrits par toutes les sagesses ancestrales, que ce soit le bouddhisme, le vedanta, l’alchimie ou la cabbale, comme le signe d’une progression vers la lumière.

Vers la non-dualité


« Dans Star Wars, ce yoga est enseigné depuis 800 ans par Yoda », remarque Paul-Georges Sansonetti, une espèce de tortue dont les oreilles pointues « captent les vibrations du monde. En extrême-Orient, la tortue incarne la sagesse, parce qu’avec son ventre plat et carré, symbole du monde matériel, et son dos rond, symbole du cosmos, elle se situe en équilibre entre la Terre et le Ciel. Son nom renvoie aussi à yod, la plus petite des lettres hébraïques, qui contient en germe toutes les autres. » Pour les spécialistes, la saga fourmille ainsi d’informations codées. La mère de Luke, par exemple, s’appelle Padme – « lotus » en sanskrit, emblème de l’accomplissement spirituel ; elle vit sur la planète Naboo, nom d’une divinité babylonienne de la sagesse ; elle règne sur un environnement vert et généreux évocateur de Gaïa, aux antipodes du monde métallique et sans âme mis en place par l’Empire. La maison mère de l’ordre Jedi « est un véritable mandala en trois dimensions, indique aussi Paul-Georges Sansonetti. Elle se compose d’une enceinte carrée, flanquée de quatre tours aux angles et d’une tour centrale, symbole de l’axe qui permet de passer du monde terrestre au monde céleste ».

Pour y parvenir, le héros a besoin de s’entourer. Comme Frodon avec la Communauté de l’Anneau, Luke ne peut réussir sans ses compagnons. Une fois encore, exit le dualisme et la présomption de penser qu’on est seul assez puissant ! Les troupes qui finiront par vaincre le Mal sont fortes de leur diversité : tous leurs membres sont différents, tous savent mobiliser leurs ressources propres, coopérer et apprendre des autres, au service d’un bien commun qui dépasse leurs individualités. Dans Star Wars, Han Solo se défait ainsi peu à peu de ses postures de cowboy cynique et marginal pour s’ouvrir à l’altruisme, et s’engager dans une cause qui ne le concerne pas directement.

Jusqu’à la leçon finale : quand Luke, toute peur et toute haine dépassées, choisit d’essayer de ramener son père vers le bien, quitte à y perdre la vie, puis quand Dark Vador décide de sortir son fils des griffes de l’Empereur et de débarrasser la galaxie de celui-ci, « on est en pleine alchimie », dit Paul-Georges Sansonetti : les dualités se réconcilient, l’équilibre est rétabli, les ténèbres se convertissent en lumière. Cette force de métamorphose est en nous. Toutes les sagesses traditionnelles s’en font l’écho. De son acceptation, de sa compréhension, peut naître un rapport au monde plus juste, plus profond, où matériel et spirituel, visible et invisible cohabitent – comme à la fin de Star Wars, quand les Jedi défunts se tiennent aux côtés des vivants.

Le message est toujours d’actualité : quelle place faisons-nous à la Force dans nos vies ? Lorsque George Lucas a imaginé Star Wars, le monde occidental aspirait à un changement de société : la France sortait de mai 68, les Etats-Unis s’enlisaient dans la guerre du Vietnam et le scandale du Watergate, le choc pétrolier engendrait de graves tensions économiques… De tout temps, de la Rome antique à l’Allemagne hitlérienne, le monde a vacillé sous les luttes de pouvoir, la corruption, la perte de l’intérêt général, la volonté de toute-puissance. Pourquoi en arrivons-nous là ? Que changer à nos façons d’être et d’envisager le monde pour redonner à notre humanité un sens, la reconnecter à sa source ? Quand l’homme comprendra-t-il qu’il ne peut continuer dans le culte du « moi je » et de l’avoir ? Qu’il existe un ordre et une force capables de le guider, de le connecter à tout l’univers, de le relier à une justesse de vision, d’intention et d’action ? « Le film nous enseigne qu’il est utile d’ouvrir notre cœur à la part de mystère de la vie », conclut l’une des intervenantes du documentaire Star Wars, les origines d’une saga. « Cela nous aide à accomplir notre propre voyage du héros. » Que le périple commence. Que la force soit avec nous. 
Sourcewww.inrees.com


Photo : © Stars Wars Georges Lucas

vendredi 11 avril 2014

Explorers de Joe Dante

Si enfant ou ado, vous rêviez avec un bout de circuit électronique et les babioles qui trainaient dans votre grenier ou garage, de fabriquer un engin spatial... ce film de 1985 est à (re)découvrir !

"Derrière cette façade de petit blockbuster foutraque pour graine de héros, Explorers cache un conte sensible d’une rare justesse, rempli d’affection et de mélancolie sur les illusions de l’enfance et l’appréhension du monde réel qui l’entoure, un véritable hommage à l’innocence perdue"
Lire la présentation et critique complète : www.filmdeculte.com

"Empreint d'une douce nostalgie et croquant parfaitement ses personnages interprétés avec naturel (on reconnaîtra un tout jeune Ethan Hawke), "Explorers" est une ode aux rêves et au merveilleux"
Lire la critique complète : www.senscritique.com

lundi 17 mars 2014

Apprivoiser la nature, apprivoiser le feu

Jean Claude Ameisen, formidable conteur, associe science, histoire, littérature et poésie, pour nous offrir de fabuleux récits initiatiques qui nous font voyager à travers l'espace et le temps... Ici il nous parle entre autre, de la 1ère domestication de l'homme : le feu.  

"Dans les temps les plus noirs, il recevait la substance qui le fait vivre ; à l’abri de la pluie, des tempêtes, de l’inondation, il avait franchi les fleuves et les marécages, sans cesser de bleuir au matin et de s’ensanglanter le soir. Sa face puissante éloignait le lion noir et le lion jaune, l’ours des cavernes et l’ours gris, le mammouth, le tigre et le léopard ; ses dents rouges protégeaient l’homme contre le vaste monde. Toute joie habitait près de lui. Il tirait des viandes une odeur savoureuse, durcissait la pointe des épieux, faisait éclater la pierre dure ; les membres lui soutiraient une douceur pleine de force ; il rassurait la horde dans les forêts tremblantes, sur la savane interminable, au fond des cavernes. C’était le Père, le Gardien, le Sauveur, plus farouche cependant, plus terrible que les mammouths, lorsqu’il fuyait de la cage et dévorait les arbres."

Lien direct vers l'émission : http://www.franceinter.fr/emission-sur-les-epaules-de-darwin-apprivoiser-la-nature


dimanche 9 mars 2014

Succès : les bûcherons sont expulsés du territoire des Indiens awá

"Les Awá sont l’une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs nomades du Brésil qui dépendent de la forêt et de ses ressources pour leur survie. Mais ces dernières années ils vivaient dans une crainte constante au fur et à mesure que les bûcherons clandestins envahissaient leurs terres."

Les Awá sont l'une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs nomades d'Amazonie. Ils dépendent de la forêt pour leur survie.
 La campagne mondiale de Survival International, parrainée par Colin Firth, en faveur des Indiens awá, considérés comme la tribu la plus menacée de la Terre, a été couronnée de succès cette semaine, les bûcherons et les éleveurs responsables de la destruction de la forêt de cette tribu d’Amazonie brésilienne étant en cours d’expulsion. L’échéance du départ volontaire des envahisseurs arrivait à son terme lundi 24 février.

Selon les rapports de la FUNAI, le département des affaires indigènes du Brésil, plusieurs bûcherons et éleveurs ont volontairement quitté la zone la semaine dernière, et une équipe de terrain est chargée d’expulser les derniers retardataires avant le 9 mars prochain.

Visionnez une vidéo de la FUNAI montrant la première étape de ’l’Opération Awá’. Pire’i Ma’a, un Awá y raconte : ‘Tout [le gibier] a été effrayé… Il y a des bûcherons partout. Ils abattent les arbres et on ne peut plus chasser… Nous avons dénoncé la présence des bûcherons avec leurs tronçonneuses, leurs machines et leurs camions qui grondent’.

Cette opération représente un immense succès pour la campagne de grande envergure que Survival a menée pour sauver la tribu awá de l’extinction. Après son lancement en avril 2012, le gouvernement brésilien avait annoncé que le cas awá constituait une priorité absolue et a envoyé une équipe de terrain d’au moins 200 soldats, policiers et agents de l’État au début de l’année pour expulser les envahisseurs. Des sources officielles ont confirmé que le lancement de cette opération a été principalement dû à la pression internationale.

Le ministre brésilien de la Justice a reçu plus de 56 000 messages de la part des sympathisants de Survival l’appelant à protéger le territoire awá, et des célébrités comme l’acteur Colin Firth, la créatrice de mode Vivienne Westwood et le photographe brésilien Sebastião Salgado ont diffusé dans le monde entier le message ‘Brésil : sauvez les Awá’.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme, la plus haute instance en matière de droits de l’homme des Amériques, a également exigé des réponses du Brésil sur sa politique vis-à-vis des Awá, après avoir reçu un rapport urgent de Survival et de l’ONG brésilienne CIMI, qui travaille en étroite collaboration avec les Awá depuis des décennies.

Les Awá sont l’une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs nomades du Brésil qui dépendent de la forêt et de ses ressources pour leur survie. Mais ces dernières années ils vivaient dans une crainte constante au fur et à mesure que les bûcherons clandestins envahissaient leurs terres.


Plus d’un tiers de la forêt de l’un des territoires awá ont déjà été détruits et la tribu est extrêmement inquiète pour la sécurité des membres isolés de son groupe qui sont forcés de fuir constamment devant le front des bûcherons lourdement armés.

Nixiwaka Yawanawá, un Indien d’Amazonie qui collabore avec Survival International, a déclaré aujourd’hui : ‘Si les autorités brésiliennes chassent les envahisseurs des terres awá, c’est grâce à la campagne de Survival qui a mobilisé l’opinion internationale. Pour que les Awá survivent, le gouvernement doit garantir la protection à long terme de leurs terres. Sinon ils seront anéantis, comme tant d’autres tribus dans l’histoire du Brésil’.

Stephen Corry, directeur de Survival International a déclaré : ’L’opération Awá n’aurait jamais eu lieu sans la campagne de Survival et les milliers de sympathisants du monde entier qui ont agi pour empêcher l’extinction de la tribu la plus menacée de la Terre. Près d’un demi-siècle de campagnes menées pour la reconnaissance des droits des peuples indigènes nous ont montré que l’opinion publique est la seule force efficace capable d’apporter un réel changement’.

Source : www.survivalfrance.org

Photo : © Domenico Pugliese/Survival

lundi 3 mars 2014

mardi 25 février 2014

La science et moi : Qui suis-je vraiment ?

"Ce sont le même air, la même eau, les mêmes nutriments, les mêmes particules de lumière, qui sont à l’intérieur et à l’extérieur de nous et des autres êtres vivants. Ca circule constamment, majoritairement à notre insu. Nous sommes alors faits d’une danse de poussière d’étoiles car les atomes qui font notre corps sont vieux comme le monde et ils continuent de circuler."

Certaines données scientifiques nous questionnent sur notre identité. Car face à certains chiffres, nous sommes en droit de nous demander : mais qui sommes-nous vraiment ? Vertige au pays du « Moi ».
© Brooke Shaden
Pour commencer, la science nous dit que nous sommes faits en moyenne à 70% d’eau. Mais si l’on compte le nombre de molécules d’eau dans une cellule, du fait que ces molécules sont plus petites, il y en a beaucoup. A vrai dire, énormément. « L’eau représente 70% de la masse d’une cellule. Mais si l’on compte les objets, c’est-à-dire le nombre de molécules présentes dans une cellule, celle-ci est alors faite à 99% d’eau. Il faut compter jusqu’à 100 pour trouver un objet qui ne soit pas de l’eau dans une cellule », nous dit le Pr Marc Henry, chercheur en chimie et spécialiste de l’eau. 99% des molécules qui composent nos cellules sont des molécules d’eau, ça commence fort.

De plus il y a, non pas 2 fois, mais 10 fois, plus de bactéries dans notre corps que de nos propres cellules humaines. 10 puissance 15 bactéries contre 10 puissance 14 cellules. C’est simplement vertigineux. Un zéro de plus derrière le 1 sur un chiffre déjà faramineux, ça fait une différence énorme. « C’est-à-dire que (plus de) la moitié de moi-même, ce n’est déjà pas moi-même en quelque sorte », explique Jeremy Narby, un anthropologue qui s’est penché sur la question. Que font-elles là, toutes ces bactéries ? Sont-elles en train de nous parasiter ? Pas du tout. « Nous avons besoin de ces bactéries pour préserver le bon fonctionnement de notre écologie interne. Par exemple, nous ne pouvons pas synthétiser toutes nos vitamines sans elles, ou encore, la présence de certaines bactéries ou certains champignons nous aide à éloigner d’autres bactéries ou champignons », explique Dorion Sagan, fils et collaborateur de Lynn Margulis, une biologiste spécialiste des bactéries.

Il y a aussi que les cellules humaines de notre corps, celles qui ne sont pas des bactéries, sont quand même issues de bactéries. Décidément. « Nos propres cellules, celles qui composent nos tissus, sont le résultat d’une symbiose de plusieurs bactéries qui ont accepté de fusionner pour former une cellule plus complexe », poursuit Dorion Sagan. Comme nous l’explique l’article « La coopération du vivant » (Inexploré n°21), il y a de cela des milliards d’années des bactéries ont accepté de s’emboîter pour être plus efficaces ensemble, ce qui a donné naissance à l’ancêtre de la cellule humaine. Et nous pourrions continuer à sortir d’autres données étonnantes du chapeau de la science, sur la composition de notre corps humain... La question qui émerge alors, est : qui sommes-nous dans tout ça ?

Le tout est plus que la somme de ses parties


Ce que ces données nous amènent surtout à comprendre, c’est que nous ne sommes pas une « chose » ou un objet spécifique, à part du reste du monde. Nous sommes composés des mêmes éléments chimiques et des mêmes bactéries qui composent la nature. Cela fait que nous ne pouvons pratiquement pas, par exemple, trouver de molécules qui soient exclusivement humaines. Nous aurions bien quelques gènes à nous, mais très peu au final. Nous partageons la très grande majorité de notre génome avec nos cousins les primates. Alors qu’est-ce qui explique nos caractéristiques ? Qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? Car, si sous les microscopes la différence n’est pas frappante, il est indiscutable qu’à grande échelle nous avons nos spécificités.

La réponse ne se trouverait pas dans les composants de notre corps, mais dans la manière dont ils s’organisent. De nombreux philosophes et scientifiques expliquent que c’est dans l’agencement spécifique des parties qui nous composent, et dans la manière qu’elles ont de produire un flux d’information, que la caractéristique de toute chose apparaît. Nous serions alors composés d’échantillons du monde, agencés de manière humaine. « En biologie, les nouvelles découvertes nous montrent que la cohérence d’ensemble émerge de l’interaction entre les parties, mais n’existe pas dans les parties elles-mêmes », nous explique le philosophe des sciences Erwin Laszlo dans ses cours à la Giordano Bruno Globalshift University. Une qualité autre que celle contenue dans les éléments émerge, se manifeste. Certains l’appellent information, d’autres conscience, car il semble quand même bien y avoir une intelligence à l’œuvre. Au cours de son évolution, la vie aurait donc tendance à se complexifier. Elle produirait constamment de nouvelles formules, avec les mêmes éléments de base, permettant l’apparition de capacités et états de conscience novateurs. « Comme l’explique le biologiste Ludwig Van Bertalanffy, l’évolution crée à chaque étape une nouvelle stabilité dynamique d’une complexité supérieure. Une nouvelle conscience émerge, qui unifie les informations échangées entre les composants », poursuit Erwin Laszlo. Nous sommes une sorte de table périodique des éléments organisée en une splendide mosaïque en 3 - et peut-être plus - dimensions qui donne la vie à la conscience humaine.

Un micro-écosystème en dialogue constant avec le monde


Composé des mêmes éléments que le monde, notre corps s’inscrit dans une continuité de matière et d’information avec la biosphère – le monde vivant sur cette planète. Ce sont le même air, la même eau, les mêmes nutriments, les mêmes particules de lumière, qui sont à l’intérieur et à l’extérieur de nous et des autres êtres vivants. Ca circule constamment, majoritairement à notre insu. Nous sommes alors faits d’une danse de poussière d’étoiles car les atomes qui font notre corps sont vieux comme le monde et ils continuent de circuler. « La vie est un continuum qui n’a jamais été rompu depuis qu’elle est apparue et l’homme est totalement imbriqué dans ce système », souligne Dorion Sagan. Les bactéries avec lesquelles nous vivons en symbiose sont des témoins privilégiés de cet enchevêtrement. Elles participent à des transferts de gènes dont nous ne soupçonnons même pas la rapidité et l’ampleur. « En tant qu’individus, nous sommes déjà remplis de toutes sortes d’intelligences qu’on commence à découvrir. Sans parler du fait que n’importe quel être, n’importe quel brin d’herbe à côté de moi, est également une sorte de cathédrale cellulaire, un organisme sensible qui perçoit. Tout l’édifice de la vie sur terre grouille d’une intelligence énorme et biologique, et on en fait partie », raconte Jeremy Narby.

Un véritable tapis de vie, s’étendant d’à peu près 10 km en deçà de la croûte terrestre à 15 km au dessus, tissé des relations de tous les éléments qui le composent, serait alors traversé par des flots constants d’informations de différentes natures. Et nous sommes des perles entrelacées dans cette étoffe. « Nous sommes un système vivant ouvert, qui échange continuellement de la matière, de l’énergie et de l’information avec l’environnement. Le monde n’est pas en dehors de nous et nous ne sommes pas en dehors du monde », explique Erwin Laszlo. Ce que cela dit est que nous serions traversés de courants d’informations autres que purement humaines. « Notre sentiment d’unité n’est qu’une fraction de la multitude d’états théoriquement disponibles pour nous, et auxquels nous accédons en états modifiés de conscience. Donc il semblerait que ce dont nous faisons l’expérience, lorsque nous pensons être dans notre conscience individuelle, serait plus comme un raccourci. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas, d’une certaine manière, des individus. Mais je ne pense pas que nous soyons des individus comme nous pensons que nous le sommes », conclut Dorion Sagan. Notre conscience humaine, précieuse, nécessaire à notre cohérence, ne serait qu’un bout d’une vaste conscience à laquelle nous aurions aussi potentiellement accès via notre matière et nos sens. Avons-nous oublié d’écouter aussi le monde en nous ? 
Source : Inrees 

mercredi 12 février 2014

Christophe André : "Sourire tout seul dans la nuit"


Je n’arrête pas de travailler. Aucun mérite : j’aime ça. Je ne parle pas ici du travail « officiel », de médecin, de conférencier, d’écrivain. Non, du travail d’humain : comprendre comment je fonctionne, pourquoi je déconne (parfois), et m’efforcer de m’améliorer et de progresser.

Je ne me lasse jamais de ces efforts parce qu’ils sont intéressants, qu’ils me rendent plus heureux et qu’ils rendent mes proches plus heureux (je suis moins casse-pied et je leur donne mieux ce qu’il y a de bon en moi).

Bon. Alors voici les dernières nouvelles du boulot : depuis quelque temps, j’arrive à sourire la nuit, dans le noir, dans mon lit, quand tout le monde dort dans la maison. À sourire pour de vrai, à faire sourire tout mon corps et mon cerveau, même quand des soucis me gênent pour m’endormir, ou m’ont réveillé.

En général, je dors plutôt bien. Pour m’y aider, je fais d’ailleurs un peu de « détox du stress » quand je me mets au lit, avant même de chercher à dormir : je repense aux bons moments de la journée (et si la journée a été dure, je cherche les tout petits bons moments, les micro-bonheurs qui ont eu lieu malgré tout), je médite en pleine conscience (juste être là, présent à mon corps et mon souffle, sans attente et sans jugement). En faisant tout cela, je relâche les adhérences de mon esprit aux soucis : ils sont toujours là, mais n’accrochent plus aussi fort à mes pensées. Et en général, je m’endors plutôt facilement.

Mais ça ne marche pas toujours. Parfois le sommeil tarde à venir, parfois je me réveille au milieu de la nuit.

Alors je respire et je souris. Je prends le temps d'observer comment le sourire prend naissance et chemine en moi. Un vrai sourire, que personne ne peut voir mais que je sens parfaitement, un sourire du dehors (du visage) et du dedans (du cerveau). Doux et discret, mais vrai. Pas question de se mentir à soi-même.

Je souris à ce qui est là, à l’insomnie et à la vie. Je souris à toute mon existence, à ce mélange de grandes belles choses et de petits trucs qui grattent, qui stressent, qui dérangent, qui irritent, qui agacent, qui inquiètent. Et qui parfois désespèrent. Alors, je fais aussi de mon mieux pour sourire aux nouvelles très tristes et très douloureuses. Je n’y arrive pas toujours. Cela marche mieux, bien sûr, pour l’adversité ordinaire.

Je souris en respirant, en ressentant mon corps, mon souffle, en accueillant les sons et les soucis, sans m’accrocher à rien, de mon mieux.

Je souris en me disant que c’est ainsi, que cet instant d’insomnie est un instant de ma vie, qu’il compte autant que tout le reste, qu’il vaut la peine.

Et je sens, comme je ne me force pas, que ce sourire détend mon corps et mon esprit. Alors parfois je me rendors. Et parfois non. Pas grave.

Désormais j’aime sourire dans le noir, en respirant doucement, en observant les vagues de mes peurs s’écraser sur la plage de ma conscience, reculer, revenir, s’écraser encore.

J’admire le fracas de leur ressac, l'écume de leur acharnement, j’aperçois au loin l’océan des incertitudes, du mystère et de l’éternité. Tout ça la nuit, depuis mon lit.

Que pèse à côté le souci du sommeil ?

Illustration : si vous avez du mal à sourire, vous pouvez aussi compter les moutons, ou les wagons d'un très grand train (photo de David Plowden).

Source : psychoactif - le blog de Christophe André

vendredi 31 janvier 2014

Minuscule, l'épopée miniature


Un bien joli petit film français d'animation muet mais riche en bruitages. Dans de magnifiques décors réels nous suivons les aventures d'insectes très mignons réalisés en 3d. C'est burlesque, émouvant, drôle et épique. Les plans sont magnifiques, certains posent une incroyable ambiance, et accompagnent parfaitement le récit. Une belle aventure à partager en famille, qui nous rappelle que dans notre jardin ou à deux pas de chez nous, si l'on prend le temps de s'accroupir et d'observer, un monde merveilleux et fantastique s'offre à nous.

Bande annonce du film : http://www.youtube.com/watch?v=JJVBVjly29U

mercredi 29 janvier 2014

Switched at Birth, à la découverte de la culture sourde



Une série d'ABC family pleine de bons sentiments, ce qui ne l'empêche pas d'être plutôt subtile et intelligente. La grande originalité de Switched at birth étant de nous faire découvrir - et ce avec beaucoup de justesse - la culture sourde par l'intermédiaire notamment de nombreuses scènes sans paroles, uniquement en langue des signes.

A travers la trame d'un échange de bébés à la naissance, la série nous offre aussi l'occasion de développer de multiples "chocs" ou rencontres de cultures. Entre famille populaire et famille très aisée, entre l'adolescence et le monde des adultes, entre entendants et sourds, entre sourds signant et oralisant... une série enrichissante, bien interprétée, à découvrir.

Revue de presse express

"Une étonnante intelligence d’écriture se dégage doucement, sous le mélo propret : ce qui est vraiment en jeu ici, c’est l’identité des deux jeunes adolescentes, et cette éternelle question, posée de manière radicale : qui suis-je, ce que je suis devenu ou ce que mon sang dit de moi ?" Pierre Langlais - Télérama


"Au final, Switched At Birth, en tant que série familiale, a le mérite de nous ouvrir les portes d’un monde méconnu, bien que présent partout sur le globe et souvent à quelques pas de nous. Une initiative unique qu’on ne peut qu’applaudir et encourager, en attendant la diffusion du cinquante-deuxième épisode sur ABC Family." Marie Davies - le monde des séries

Un petit extrait en vo : 









lundi 27 janvier 2014

Je suis la Vie avec Eckhart Tolle

"Je ne suis ni mes pensées, ni mes émotions, ni mes perceptions sensorielles, ni mes expériences. Je ne suis pas le contenu de ma vie. Je suis la Vie. Je suis l'espace dans lequel tout se produit. Je suis la conscience. Je suis le Présent. Je Suis."  Eckhart Tolle

mardi 21 janvier 2014

Guy Corneau : « La maladie nous demande un effort amoureux »

Quelles sont nos capacités de réparation intérieures, et comment pouvons-nous nous connecter à elles afin de nous guérir ? D’après Guy Corneau, survivant d’un cancer, il nous faut commencer par renouer un lien d’amour et de joie avec nous-mêmes.
Psychanalyste québécois formé à l’Institut Carl Gustav Jung de Zurich, bien connu du grand public, Guy Corneau a été diagnostiqué en 2007 d’un cancer de grade 4, potentiellement terminal. Suivant différents traitements pour se soigner, à la fois conventionnels et holistiques, il a surtout contacté à travers cette épreuve la profonde nécessité de se reconnecter à la vie créative. Puissamment humain, son récit a impacté le public du congrès Nouvelle approche du vivant de Quantique Planète en novembre 2013. Témoin légitime qu’une guérison est possible, Guy Corneau nous parle de cet effort amoureux envers nous-même, que la maladie nous invite à faire.

Vous parlez de la maladie comme d’un signal pour nous réveiller à la vie
Oui. La maladie vient nous déranger et nous cherchons bien sûr à la guérir. Mais nous ne pouvons pas changer une chose en nous-mêmes, si nous ne sommes pas tout d’abord capables de la respecter et d’être à l’écoute de ce qu’elle veut dire. Qu’est-ce que la maladie vient éclairer ? Souvent elle parle d’une partie en soi que nous avons abandonnée, d’une partie de notre élan créateur qui est négligée, pour toutes sortes de raisons. Et si à la longue ces éléments-là ne sont pas écoutés, bien sûr ils se transforment en maladie pour que nous puissions les ressentir avec un peu plus d’acuité.
Donc je parle de la maladie comme faisant partie de la santé, comme une parole de l’intelligence intérieure, mais aussi universelle, qui vient nous interpeller. Car la maladie parle de toutes sortes de choses, de nos zones de fragilités personnelles certes, mais aussi de notre environnement, de nos lignées familiales et de la relation que nous entretenons avec tout ça. Les épreuves m’ont par exemple permis de trouver des ressources, autant extérieures qu’intérieures, que j’ignorais complètement. Notre corps est donc comme un témoin de notre union ou de notre désunion avec la vie. Il témoigne de notre rapport ou de notre absence de rapport avec l’unité fondamentale qui sous-tend notre monde. Les maladies sont des invitations à des retrouvailles avec la sensation, pas juste le savoir, mais la sensation, d’une union avec la vie en nous et autour de nous.

Qu’en est-il de nos capacités d’auto-guérison ?
J’ai découvert, à travers le cancer, que rien ne pouvait me sauver de moi-même. J’ai eu à sortir d’une attente irréaliste et magique, celle que la chimiothérapie, les médicaments, mon acupuncteur, mon homéopathe, mon énergéticien, mon tai chi, pouvaient me sauver. J’ai avant tout compris que toutes ces approches rassemblées constituaient un environnement soignant, favorable à l’éveil du médecin intérieur en moi. L’environnement soignant est absolument nécessaire pour stimuler nos mécanismes d’auto-réparation, mais il est important de prendre conscience que ces mécanismes viennent de l’intérieur. Les mécanismes de guérison sont constamment là, prêts à nous aider. Il n’y a pas besoin de les inventer. Tout en nous veut guérir et tout veut se régénérer. Il s’agit d’accompagner de notre volonté, de nos intentions conscientes, ce que la nature fait déjà.
Notre état intérieur est donc primordial dans cette remise en santé, pour ce processus de régénération. J’ai vu l’importance de renouer avec une présence à moi-même beaucoup plus respectueuse, tendre, qui amène inévitablement de la joie. Et c’est cette joie intérieure qui guérit. Elle donne le message à nos cellules qu’il y a de la vie, et nos cellules répondent en fabriquant de l’immunité, parce qu’elles veulent vivre.

Devons-nous donc agir sur notre état intérieur pour guérir ?
Notre état intérieur est la seule chose sur laquelle nous avons un peu de maîtrise. Nous avons structuré des façons d’être, des façons de faire, des croyances, des peurs, pour éviter l’impact de la répétition des blessures. Donc chez chacun, une personnalité s’est mise en place à notre insu, au départ parce qu’il fallait survivre. Mais avec le temps cette personnalité devient aussi une prison, elle se rigidifie. Alors nous cherchons le bonheur et l’ouverture, mais en même temps, nous craignons de nous ouvrir. Nous voulons changer mais ne pas bousculer notre zone de confort. Du coup, sans vraiment le vouloir, nous sommes aussi beaucoup dans la fermeture.
Donc oui, il faut agir sur nos états intérieurs pour stimuler la vie et nos capacités de guérison qui n’attendent que nous. Je ne dis pas que c’est facile, mais nous sommes beaucoup plus que le petit personnage auquel nous nous sommes identifiés. Donc ça commence par se concevoir comme un ensemble énergétique intelligent et en évolution, qui donne naissance à l’être que nous sommes, et qui est connecté au monde et à d’autres champs énergétiques intelligents visibles ou invisibles. Il faut élargir le connu pour se redécouvrir, et redécouvrir la réalité dans laquelle nous baignons. De toutes façons, si nous restons avec nos rigidités nous allons mourir avec elles alors qu’il est peut-être encore temps de suivre le chemin de la vie, de retrouver la fluidité. Mais c’est vrai que ça va toujours demander une sorte d’effort parce que le personnage a prouvé son efficacité par rapport à la survie, et on y est attachés. Et la peur de ne pas être aimé est aussi très ancrée en nous. Une voix nous dit « si tu changes, si tu oses autre chose, on ne va plus t’aimer, tu vas être rejeté, tu vas de nouveau souffrir ». Changer nous demande un effort amoureux envers nous même.

Il y aurait un choix de vie à réitérer constamment ?
Oui, petit à petit, nous apprenons à dépasser les peurs et les rigidités. Cela demande une attention consciente pour être en mesure de choisir la joie, l’amour, l’ouverture. C’est pour cela que les tibétains parlent du guerrier de lumière. Nous devons choisir et cultiver nos états intérieurs, et les nourrir. Vous pouvez choisir aujourd’hui d’aller vers la sérénité et tenter de rester dans cette position intérieure, qui est joyeuse et qui est tranquille en même temps. Et là, toutes sortes de choses vont venir vous percuter. Toutefois, à chaque fois, vous allez choisir de retrouver votre axe de sérénité consciemment. Peut-être faudra-t-il le faire 100 fois dans la journée pour que ça s’installe de façon plus permanente.
C’est un peu comme faire du sport, même si on sait que c’est bon pour nous, il y a toujours un petit effort à faire. Je pense que la chose la plus radicale qui puisse arriver sur notre chemin c’est de pratiquer un amour sans conditions et sans attentes, de pratiquer une joie sans raison, comme une offrande à l’univers. Peu importe ce qui arrive aujourd’hui, je choisis d’être joyeux et c’est une sorte d’ascèse. Ce qu’il faut comprendre c’est que ce choix, qui demande une auto-discipline, est au final un cadeau que l’on se fait à soi-même. Et ce cadeau, personne d’autre que nous ne peut nous l’offrir.

Plus d’informations
Revivre !, Guy Corneau
Editions Les liens qui libèrent (Janvier 2011 ; 305 pages)



Le meilleur de soi, Guy Corneau
Éditions Robert Laffont (Mars 2007 ; 312 pages)







Source : Inrees

vendredi 17 janvier 2014

Mon âme par toi guérie


Merci à Télérama de nous offrir dans le cadre de son festival, la possibilité de revoir cette réalisation forte et vibrante de François Dypeyron. Un film à la croisée des chemins, entre réalisme social qui nous fait découvrir la vie d'hommes et de femmes modestes, limite à la marge de la société comme on dit,  et un cheminement initiatique, incarné par le personnage principal qui doit choisir de laisser passer la vie en lui, le don que la nature lui a offert pour se libérer et commencer à s'épanouir et aimer.

Critique de Pierre Murat :

"François Dupeyron réalise, pas souvent, pas assez souvent, des films irrésistibles par leur sincérité, dont les titres sont toujours bizarres : Drôle d'endroit pour une rencontre, Un coeur qui bat, Inguélézi, Mon âme par toi guérie... Des films qui collent au réel, mais qui sont tout sauf réalistes. Ils se déroulent en France, mais une France rêvée, parfois cauchemardesque, pas celle qu'on voit dans les journaux télévisés, en tout cas. Une France embellie, métissée par d'autres influences cinématographiques : l'Amérique, notamment. Le Midi où vit Frédi ressemble à celui où débarque Matthias Schoenaerts au début de De rouille et d'os, de Jacques Audiard. Lui-même, vaguement barbu, en cuir sur sa moto, a de faux airs de Hells Angel de province, plus attendrissant qu'inquiétant. Et les chansons qui l'accompagnent tout le temps, ballades rock chantées en anglais, sont le reflet d'un ailleurs espéré...
Dans les films de Dupeyron, les gens parlent toujours bien, c'est-à-dire qu'ils font des mots, comme dans le grand cinéma français de jadis. Même s'ils parlent « mal », en fait : mal embouchés, grossiers, presque vulgaires, parfois, comme on l'est dans la vie, quand elle vous joue des tours pendables. Chez lui, c'est la lumière des êtres qui importe. Et la lumière tout court : envahissante, souvent, presque implacable. Ici, le soleil semble, sans cesse, vouloir entrer dans le cadre, tel un intrus. Ce sont les personnages qui l'en empêchent : ils lui tournent le dos, ils le refusent. Logique : ce sont tous des êtres de refus...
Frédi, par exemple. C'est un type aux yeux doux, comme le prince Muichkine, l'« idiot » de Dostoïevski — il est épileptique comme lui. Comme le prince face à son passé, Frédi refuse le don hérité de sa mère récemment décédée : soulager les autres par l'imposition des mains... Massif, taiseux (Grégory Gadebois, sublime), Frédi ressemble aux héros tragiques des films noirs hollywoodiens — Robert Mitchum, John Garfield —, souhaitant vivre en paix, mais toujours rattrapés par le destin : dans le cas de Frédi, un accident qu'il a causé et ce don de guérisseur qu'il repousse...
Nina (Céline Sallette), qu'il rencontre — mais pas tout de suite : le salut, ça se mérite ! —, a un don, elle aussi : se détruire. Elle va de bar en bar et de coupe en coupe, jusqu'à ce que le néant l'engloutisse. Elle est grimaçante, outrancière, mais toujours digne dans sa défaite acceptée. On n'a pas vu à l'écran d'alcoolique aussi terrifiante et émouvante depuis le méconnu Fat City, de John Huston, dans les années 1970... Nina erre, se cogne aux autres et à elle-même, pitoyable et belle, couverte de bleus invisibles. Comme tous les personnages du film, elle pourrait faire sienne la formule d'Henri Calet : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »
Donc, avec ses plans au plus près des visages, François Dupeyron contemple son héros, cet autre lui-même, contempler la douleur des autres. La mère de l'enfant accidenté qui, pour ne plus voir sa souffrance, souhaite sa mort et s'en veut. Et l'amie (Marie Payet) qui lui hurle, en même temps que sa frustration, un amour secret qu'il ne peut partager... Comme John Huston, Dupeyron ne sait, ne veut filmer que des égarés magnifiques, des perdants, des aventuriers ratés. Des réfractaires à ce Dieu qu'ils vomissent, dont ils attendent un signe qui ne vient jamais — à moins qu'ils ne sachent pas voir. « J'ai rêvé que le ciel me regardait, et j'ai peur », dit Frédi. Mais il filme, aussi, entre ces cabossés persuadés d'être inguérissables, des liens qui, parce qu'ils les ont tissés dans la peine, risquent de tenir bon. Mon âme par toi guérie n'est rien d'autre, en fait, que l'histoire, romanesque et banale, d'un amour qui se fait.
L'espoir n'est pas loin. La preuve : l'étrange gamine de Frédi. Elle ressemble à la fille du « stalker » de Tarkovski, qui, par la seule force de son regard, parvenait à faire bouger des objets. Apparemment, Lucie semble, comme les autres, prisonnière de ses tourments. Mais, sur une plage, la voilà qui s'accroche, soudain, à un cerf-volant qui trône dans le ciel. Elle quitte le sol. Durant quelques secondes, elle vole... — Pierre Murat"

Source : Télérama


jeudi 16 janvier 2014

Festival Télérama du 15 au 22 janvier

Comme tous les ans, Télérama nous invite à voir ou à revoir les films de l'année sélectionnés par la rédaction. Présentez à la caisse, dûment rempli, le pass pour deux personnes que vous trouverez dans le magazine de cette semaine ou de la semaine dernière, afin de recevoir en échange une carte valable jusqu'au 21 janvier, permettant de voir tous les films du festival (3 € par personne et par séance).



Les films sélectionnés

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2
Django Unchained
Inside Llewyn Davis
Prisoners
Frances Ha
La Grande Bellezza
A Touch of Sin
La Danza de la Realidad
Blue Jasmine
L' inconnu du lac
Le Géant égoïste
Mon âme par toi guérie
Le Passé
Snowpiercer, Le Transperceneige
Heimat
L' Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (Film "Jeune public")



Bonne séance !

mardi 31 décembre 2013

jeudi 26 décembre 2013

Le miracle sur la 34ème rue de George Seaton

Un beau conte, simple, drôle et humain sur le véritable esprit de Noël. Une histoire touchante qui traverse les années, à voir et à revoir en famille pendant les fêtes.

Présentation de "L'oeil sur l'écran" : Un homme avec une barbe blanche se fait engager pour faire le Père Noël par le grand magasin Macy's de New York. Lorsqu'il dit être le véritable Père Noël, la femme qu'il l'a engagé se demande s'il est fou. Le psychologue de la maison le prend en grippe… Avec La vie est belle de Frank Capra, Le miracle de la 34ème rue est *le* film de Noël par excellence et, ce, depuis plus 50 ans. Il ne se passe pas un Noël aux Etats-Unis sans qu'il soit largement diffusé. Bien entendu, on peut trouver vieillotte cette histoire gentille et pleine de bons sentiments mais elle fonctionne toujours remarquablement bien. Le scénario est admirable. L'idée de base vient de Valentine Davies : observant la frénésie commerciale autour de Noël, il s'est demandé ce que penserait le vrai Père Noël s'il débarquait à l'improviste. Il développe fort bien l'idée avec son ami George Seaton pour donner une histoire très bien équilibrée, sans excès de guimauve, bien rythmée avec de bons rebondissements, une histoire qui peut plaire autant aux adultes qu'aux enfants. Les dialogues relevés contribuent à lui donner une belle vitalité ; l'ensemble est servi par une bonne interprétation, y compris dans les seconds rôles. Les prestations d'Edmund Gwenn en Père Noël et de la toute jeune (9 ans) Natalie Wood restent durablement dans les esprits. La réalisation de George Seaton est sans doute un peu terne mais elle a le mérite de contribuer à la simplicité de l'ensemble. Sous ses apparences de film facile et bon enfant, Le miracle de la 34ème rue reste une petite merveille d'écriture, une bien belle histoire qui nous fait passer un bon moment.


vendredi 20 décembre 2013

Dans chacun de nos corps l'univers entier se reproduit

"Arrêtons-nous sur cette phrase : "Dans chacun de nos corps l'univers entier se reproduit encore une fois". Laissons un instant la nouvelle nous parvenir, pas seulement dans nos oreilles, mais venir caresser notre peau, entrer dans notre chair, pénétrer notre squelette, ce récif de corail en permanente formation, aller dans notre moelle épinière, laisser le flux du sang la répandre dans notre corps, pas seulement entendre avec l'ouïe, mais percevoir ce que signifie cette phrase. Dans chacun de nous l'univers entier est reproduit encoure une fois. Dans chacun de nous, l'entière création se reflète avec les abîmes des océans et les spirales des galaxies. Combien d'entre nous sont en mesure d'affronter la conséquence d'une pareille révélation et la responsabilité qui en découle." Christiane Singer

Tableau : Yahne le Toumelin

lundi 16 décembre 2013

Des vitrines en mode handicap

Pro Infirmis, une association suisse qui lutte contre l'isolement et l'exclusion des personnes handicapées, a eu l'ingénieuse idée de fabriquer des mannequins de vitrine de magasins sur mesure, en utilisant comme modèle... des volontaires handicapés pour lutter contres les discriminations. Les mannequins, qui reflètent à la perfection leurs morphologies, ont été installés dans une vitrine d'un grand magasin d'une rue principale de Zurich (Suisse). Avec un slogan qui a le mérite d'être clair : "Qui donc est parfait ? Rapprochez-vous".



Faire prendre conscience que "personne n'est parfait"

Finis les mannequins parfaitement sculptés, aux mensurations soit disant "parfaites". Un organisme de bienfaisance suisse a proposé à quatre personnes de "prêter leur corps" pour devenir modèle de mannequins de vitrine. Cet organisme n'a pas choisi ses modèles au hasard. Pour marquer la Journée internationale des handicapés, il a collaboré avec Pro Infirmis, une association de personnes handicapées, dans le but de faire prendre conscience que "personne n'a un corps parfait". Les modèles volontaires sont des personnalités connues en Suisse : Alex Oberholzer, présentateur radio et critique cinéma ; Jasmine Rechsteiner, Miss Handicap 2010 ; l'athlète Urs Kolly ; l'acteur Erwin Aljukić ; et la bloggeuse Nadja Schmid. Les résultats sont stupéfiants. Après avoir pris leurs mensurations dans les moindres détails, l'organisme a passé plusieurs jours pour confectionner les formes des corps de ces "clones" à la perfection.

 

Les mannequins dans une vitrine d'un grand magasin

Impatients, les volontaires ont enfin pu découvrir les chefs d'œuvres après plusieurs jours d'attente. Un film, dirigé par Alain Gsponer, montre l'élaboration du projet et saisit l'instant remarquable et émouvant où chacun découvre sa sculpture unique. Une femme déclare même en voyant son mannequin : "c'est très perturbant de se voir comme ça, alors que je ne peux habituellement même pas me regarder dans le miroir". Une fois les mannequins finalisés, un magasin de la Bahnhofstrasse, une des rues principales de Zurich, a accepté de prêter sa vitrine pour les installer et les habiller avec les vêtements de la boutique. Loin des mannequins classiques des vitrines du monde entier, les passants peuvent observer des modèles de petite taille avec des jambes arquées, un autre scoliotique ou encore en chaise roulante. Belle initiative pour lutter contre les discriminations.

Source : www.allodocteurs.fr

samedi 14 décembre 2013

Tolkien, le seigneur des écrivains

A découvrir actuellement dans les kiosques un passionnant hors série du magazine Lire, sur la vie et l'oeuvre de Tolkien, magicien créateur de la Terre du Milieu.


Il est construit en 4 parties.

La vie : de la naissance dans l'Etat libre d'Orange, en Afrique du Sud, aux années à l'université d'Oxford. De l'anonymat à la gloire.

L'oeuvre : du Hobbit au Silmarillion : géographie, personnages et légendes de la Terre du Milieu.

Les clefs de l'oeuvre : pour dépasser obstacles et malentendus, et comprendre la genèse d'une oeuvre-monde.

L'héritage : dans le sillage du maître de la high fantasy. Des adaptations à l'écran à la folie des jeux de rôles et des jeux vidéos.

Il est possible de feuilleter la revue (en format réduit) ici : www.journaux.fr

vendredi 6 décembre 2013

"Nelson Mandela était l'âme de l'Afrique, la plus belle des lumières"

Hommage passionné et ému de Nicolas Hulot à Nelson Mandela sur BFM TV

"Le message 1er de Mandela, c'est ne jamais perdre espoir, ne jamais baissé les bras, ne jamais céder au fatalisme"
"Mandela a réussi à cristalliser ce qu'il y avait de meilleur dans l'humanité et ce qui a contribué très probablement et certainement d'ailleurs à sa libération"



En complèment, 10 archives de l'ina à voir en accès libre (rectangle bleu ciel) qui retracent l'incroyable destin de Nelson Mandela : ina.fr

dimanche 1 décembre 2013

La dimension initiatique des 4 semaines de l'Avent

L’arrivée d’Internet dans nos vies quotidiennes habitue nos enfants à la satisfaction instantanée de toutes leurs envies. Au point que le moindre délai devient intolérable.
Dans ce climat d’hyperconsommation et d’immédiateté, l’un des grands défis éducatifs est bien d’apprendre à nos chers petits à gérer le sentiment de frustration. Désirer, attendre, savoir différer le plaisir en acceptant la notion d’étape, voilà un atout majeur pour qu’ils soient heureux dans la vie. Avoir grandi dans une famille où l’on a cultivé le goût de l’attente est une chance. Pas facile pourtant : forfaits illimités, e-commerce, accès toujours plus précoce aux nouvelles technologies, tout joue contre les efforts des parents à transmettre la vertu de la patience qui est, pour les philosophes, non pas un but en soi, mais une voie de sagesse, un chemin spirituel.

Les quatre semaines de l’Avent sont une période privilégiée pour expérimenter en famille, sans grand discours, le plaisir d’une attente riche de la promesse qu’elle contient. Bien plus que dans le jour même du 25 décembre, le mystère de la joie de Noël n’est-il pas entièrement contenu dans le temps qui le précède ? Cette fête dont le paroxysme a lieu dans le silence d’une nuit toujours étoilée est avant tout celle de l’espérance, du latin sperare, attendre. Et c’est justement ce qui est le plus excitant : décorer, inviter, cuisiner, trouver, emballer, imaginer la joie de ceux qu’on aime, anticiper le plaisir des retrouvailles. On peut facilement mettre en valeur l’aspect positif du délai, du désir qui monte jusqu’à la nuit merveilleuse, en s’appuyant sur les nombreux rituels qui jalonnent le mois de décembre.

« Noël est une fête puissante pour les enfants, souligne pour sa part Lise Bartoli, psychologue clinicienne, auteur de l’Art d’apaiser son enfant (Payot, 2010). Ils perçoivent chez leurs parents un afflux d’émotion qui les touche beaucoup. Généralement, ce sont des émotions positives, une joie très simple qui se partage à travers les rituels familiaux de préparation. Ces objets qu’on ressort chaque année des cartons, ces odeurs de clémentine et de sapin sont des supports pour magnifier l’attente. Cette fête précède le début d’une nouvelle année et marque une naissance. Elle porte une dimension de “passage”, avec ce que cela constitue de temps fort de la vie. » C’est aussi l’avis de la psychanalyste Catherine Ternynck. « Cette ponctuation des jours par des rituels permet de retrouver une scansion du temps qui est en train de disparaître complètement avec la banalisation commerciale du dimanche. L’Avent est l’un des rares moments de l’année où l’on se prépare à quelque chose qui nous dépasse, nous ouvre à la grâce, à l’émerveillement, à la gratitude. »

Pour les adultes, s’investir dans ce partage du temps familial suppose de ralentir, de se poser pour savourer aussi cette préparation. « Si nos enfants ont un rapport problématique au temps, c’est aussi parce que courir est de rigueur aujourd’hui, rappelle Catherine Ternynck. Nous vivons dans la précipitation. » Du coup, dire à son enfant : « Pas maintenant », « Plus tard » face à une demande de portable, une demande de sortie, ou une barre chocolatée avant le dîner réclame conviction et confiance en soi. « La mission des parents est précisément de résister à la facilité d’aller au plus court. Le désir se nourrit de l’attente, encore faut-il avoir appris à la supporter et mieux encore à la goûter. »...

Chaque soir, une petite activité à réaliser avec ses enfants, et un bon moyen de s'imprégner de l'esprit de Noël.

Source La Vie


Illustration : Darkmello