d’une présence animale sur les êtres
humains. De là à imaginer nos amis les bêtes faire leur entrée dans les
hôpitaux français... Pourtant, depuis près de trois ans, la zoothérapie,
testée dans certains établissements, permettrait d’améliorer la santé
physique et mentale des patients atteints de troubles cognitifs, de la
mémoire ou de psychomotricité.
Un thérapeute pas comme les autres a débarqué, il y a six mois, à
l’hôpital gériatrique des Charpennes à Lyon. Réformé de l'école de
chiens d'aveugles
« parce qu'il avait peur des camions dans la rue »,
Eliott, un jeune labrador de 3 ans, a été accueilli à bras ouverts par
l'Unité neuro-vasculaire de la personne âgée (UNV), pour assister
ergothérapeutes et kinésithérapeutes pendant les exercices de
rééducation des patients atteints d’Alzheimer ou ayant subi un accident
vasculaire-cérébral (AVC). Contrairement au concept de chiens visiteurs,
mis en place dans de nombreuses maisons de retraite pour divertir les
anciens, cette technique thérapeutique vise à améliorer le langage, la
mémoire, l’état dépressif, les problèmes relationnels et/ou la
psychomotricité des patients, par la médiation animale. On appelle cela
la zoothérapie.
« Le plus original et le plus innovant ici, souligne le Professeur Krolak-Salmon, neurologue, médecin-chef et heureux propriétaire du labrador,
c'est le travail du chien dans les exercices de rééducation de personnes âgées, après un accident vasculaire cérébral (AVC)
. ».
« Andrée, 79 ans, a été victime d’un AVC fin 2011, explique Philippe Bonnet, kinésithérapeute du service.
A
raison de deux ateliers par semaine, Eliott a très vite favorisé
l’élargissement de son champ de vision. Ne pouvant plus se repérer dans
l’espace, la présence du labrador lui permet de ne plus rester fermée
sur elle-même, et de relever la tête. Le regard est le premier sens qui
permet l'ouverture vers l'extérieur. Au début, elle se concentre sur
l’animal pour le suivre puis ce sera sur l'environnement. Le chien lui
sert de repérage visuo-spacial. » Ainsi, obéissant aux ordres du thérapeute, Eliott se déplace de gauche à droite pour
« ouvrir le champ perceptif visuel » de l'octogénaire qui, appuyée sur sa canne, parvient à mieux se repérer dans l’espace et à faire quelques pas.
Le chien n’est pas le seul animal utilisé en zoothérapie. Le cochon
d’Inde, les équidés ou encore les dauphins peuvent eux aussi avoir un
rôle de médiateur thérapeutique.
Si la zoothérapie, contrairement aux Etats-Unis, est encore peu répandue
en France, les bienfaits thérapeutiques des animaux sur l’homme sont
reconnus depuis des siècles. En 1792, en Angleterre, l’homme d’affaires
philanthrope William Tuke fonde le York Retreat. A cette époque les
malades mentaux, traités très durement, sont enfermés, enchaînés et
battus. En leur proposant de s’occuper d’animaux, il va s’apercevoir que
ces malades vont se responsabiliser, développer un lien d’attachement,
et reconstruire une estime d’eux-mêmes. Après la première guerre
mondiale, les infirmières du
Pawling Army Air Force Convalescent Hospital
de New York utilisaient des chiens comme aide à la thérapie pour les
soldats traumatisés. Au 19ème siècle, durant la guerre de Crimée,
Florence Nightingale, fondatrice des techniques infirmières modernes, et
pionnière dans l’emploi d'animaux à titre thérapeutique, gardera une
tortue à l’hôpital après avoir remarqué que ceux-ci avaient le pouvoir
de réconforter les gens et de diminuer leur anxiété. En 1953, c’est
Boris Levinson, psychiatre américain, qui va véritablement développer
les possibilités de l’animal en thérapie après avoir découvert par
hasard l’influence positive de son propre chien sur un jeune patient
autiste. L’enfant, emmuré dans son mutisme, refusait toute communication
avec le monde extérieur. Resté par inadvertance dans le cabinet, son
chien s’approcha du garçon, le renifla, le lècha. Et là, comme par
miracle, l’enfant, pour la première fois, s’exprimera avec le chien. Il
demandera même à revenir pour le revoir. C’est ainsi qu’est née la « Pet
Facilitated Psychotherapy » (psychothérapie facilitée par l’animal).
D’autres thérapeutes comme Friedmann, Katcher, Lynch ou Thomas vont
mettre en évidence les effets de l’animal sur la santé. Par exemple, le
simple fait de caresser un animal fait baisser la tension artérielle et
permet de diminuer la mortalité chez les sujets cardiaques. Le Dr
Serpell de Cambridge a même démontré que l’animal familier permettait
aux patients de vivre plus vieux et en meilleure santé avec, chez les
personnes âgées, une diminution des fractures du col du fémur. Phénomène
assez récent, les animaux font leur entrée dans certains services
hospitaliers. Selon François Beiger, fondateur et directeur général de
l’Institut Français de Zoothérapie, une trentaine d’hôpitaux en France
auraient aujourd’hui adopté cette technique thérapeutique.
« Depuis
2009, de plus en plus d’établissement de santé nous envoient des
thérapeutes, des infirmiers, des kinés ou encore des psys en formation, explique-t-il.
Je
suis ravi de cet engouement mais il ne faut pas qu’il soit uniquement
induit par un effet de mode ! Je constate que, depuis deux ans, beaucoup
de jeunes gens veulent devenir zoothérapeutes et me contactent pour me
demander de les former. Mais attention, ce n’est pas un métier ! Seuls
les professionnels du milieu médical déjà familiarisés avec ces types de
pathologies peuvent y accéder. ».
Objectif 2013 du Professeur Krolak-Salmon et de son Unité
neuro-vasculaire de la personne âgée du CHU de Lyon : établir, pour la
première fois en France, un programme de travail pour démontrer
l’efficacité de la zoothérapie, au moyen d’une étude clinique sur deux
groupes de patients ayant la même pathologie - l’un aidé du chien,
l’autre non.
« Pour l’instant, les résultats restent considérés comme plus ou moins subjectifs et abstraits, concède Philippe Bonnet.
Alors
même si cette rééducation très spécifique ne doit pas se substituer aux
autres, cette étude peut offrir à la science une autre ouverture ».
Suite à un AVC, Marie, 77 ans, avait récupéré une bonne partie de sa motricité. Subsistait une héminégligence à gauche.
«
Après plusieurs contacts physiques réguliers avec Eliott, elle est
parvenue à reprendre conscience de ce côté gauche et à retrouver
progressivement l’utilisation de sa main », raconte Philippe Bonnet, qui s’est occupée d’elle. Si cette expérimentation au sein du CHU de Lyon en est encore
«
aux balbutiements, on a déjà pu constater que la présence de ce chien
était une vraie valeur ajoutée dans le travail de rééducation. Et un
énorme facteur de motivation pour les soignants comme pour les patients.
».