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lundi 12 janvier 2015

Dieu se niche dans la poitrine d'un rouge-gorge


"Dieu est le plus fin du fin du fin de la vie. Tellement transparent qu’il est indéchirable. Le dernier fil ne lâche pas. Tout le reste va lâcher. Nos solidités, nos savoirs, nos volontés ne tiennent pas la route. Tôt ou tard, elles cassent - d’autant plus facilement qu’elles sont crispées sur elles-mêmes. Mais un duvet de moineau ou l’aigrette du pissenlit, ça ne se brise pas. C’est tellement léger que ça ne peut pas connaître cette mésaventure. Moi, le Dieu dont je parle parfois, sans doute trop d’ailleurs, il ne tient pas dans le coffre-fort d’une église ou d’un dogme. Il tient dans la poitrine d’un rouge-gorge. Plutôt étonné, comme le sont les rouges-gorges, de nous trouver sur sa route." Christian Bobin

Photo de P. Massaux

mardi 6 janvier 2015

La vérité inexprimable des souffles avec Christian Bobin


 Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs de jazz ne sont pas des gens convenables, c’est pourquoi les connaître donne tant de joie. La main en suspens au-dessus du clavier, Thelonious Monk appelle en silence. « Il y a quelqu’un ? » est la question posée. On entend la même question dans les psaumes. Chaque note est jouée dans l’espérance d’entendre la réponse. Les musiciens de jazz ne vieillissent jamais. Avec le temps, ils deviennent des montagnes sacrées aux vapeurs de tabac anglais, chefs-d’œuvre de joie-sagesse. Monk a fini ses jours dans un appartement new-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles tituber sur les eaux noires de l’Hudson, toute l’Égypte dans leurs yeux. Une baronne l’avait adopté avec son épouse. Isabelle Rimbaud, Dora Diamant, Nadejda Mandelstam : les femmes qui prennent soin des poètes, on devrait comme je le fais ici recopier leur nom, faire en sorte que la mousse du temps ne le recouvre jamais.

Dans les dernières années, Thelonious Monk ne touchait plus aucun piano, ne parlait plus. Ce n’était pas la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. C’était la paix immense que savent les nouveau-nés. Il avait rejoint ce royaume jadis entrevu entre deux notes. Vivre répond à tout. Oui, sans aucun doute, « il y a quelqu’un ». J’ai vu une pauvresse dans une galerie marchande compter ses sous. De sa main droite, elle prélevait une à une les petites pièces en cuivre dans sa main gauche comme on cueille des mûres, en prenant soin de ne pas les écraser. Une lumière sortait de ses mains. Son attention valait celle d’une sainte. Son courage m’éblouissait. Il faut du courage pour tout, même pour ramasser un crayon tombé à terre. Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. La paix intérieure est la seule terre sainte.

J’écoute un hibou dans l’opéra glacé de la nuit. Je ne crois pas à ce qu’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. Je crois au Dieu qui fait briller le poil des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. Elle est si brève, la vie interminable. Je donne mon cœur aux vagabonds qui dorment dans les fossés des livres. La vie est un conte de fées avec ses forêts, ses ogres et sa chance ultime. Je ne crois à rien de raisonnable. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et que c’est la plus belle partie du conte de fées.

Christian Bobin

Ecrivain et poète, Christian Bobin a récemment publié L’Homme-joie (L’Iconoclaste) et La Grande vie (Gallimard, 2014).


mercredi 1 octobre 2014

Frédéric Lenoir et Leili Anvar rencontre Christian bobin

Que c'est bon d'écouter Christian Bobin, un écrivain, un poète qui réconcilie avec la vie et nous montre la voie du merveilleux et l'extraordinaire dans les choses les plus simples et banales du quotidien. Il nous enseigne que le monde qui nous entoure devient caverne d'Ali baba si on prend le temps - et apprend - à le regarder. Comme nous le dit si justement Christian Bobin : " le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles". 



lundi 26 novembre 2012

Christian Bobin, L'homme-joie

















Il y a des paroles qui soignent, éveillent, enrichissent. Celle d'Alexandre Jollien en est une, tout comme celle de Christian Bobin. Parole simple et poétique, qui prend le temps, qui capte le merveilleux du quotidien et sait la dureté de la vie. A l'occasion de la sortie de son dernier livre "L'homme-joie", Christian Bobin a été l'invité du Grand Entretien de François Busnel.




lundi 22 février 2010

Christian Bobin : "La foi, c'est la vie à sa plus grande intensité"


Christian Bobin et la foi poétique
envoyé par supervielle

Lumineuse interview présentée sur : Le site de Phytospiritualité

Pour découvrir le monde de Christian Bobin, qui est au final le même que le notre, ce n'est juste qu'une question de regard, d'apprentissage du regard, de présence à l'instant et certes ce n'est pas rien. Je vous conseille la lecture de "Geai". J'ai découvert le poète avec ce roman qu'un ami m'a offert. Je le remercie encore vivement pour ce précieux partage.

A emprunter à votre médiathèque préférée, disponible neuf ou d'occasion sur Amazon : Geai

jeudi 12 février 2009

Dire le ciel par Christian Bobin



Christian Bobin, écrivain et poète français, se prête au jeu de la réflexion sur les choses dont il sait si bien révéler l'âme. Ici il nous parle du ciel...

lundi 2 février 2009