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mardi 27 août 2013

Lyra et l'aléthiomètre par Gregory Ledoux

Connaissez-vous la formidable trilogie de Philip Pullman, "A la croisée des mondes" ? Une grande et passionnante aventure entre les mondes parallèles, intelligente, subtile, originale qui mélange les genres : à la fois roman fantastique, d'anticipation, de science fiction, initiatique. Elle fait partie de ces incroyables oeuvres imaginaires avec Dune de Frank Herbert, le Seigneur des anneaux de Tolkien, le Talisman de Stephen King et Peter Straub, Fondation de Isaac Asimov, que j'aime redécouvrir et relire et ce toujours avec un immense plaisir.

Initialement publiée pour les adolescents, de part la richesse du propos et ses plusieurs niveaux de lecture, cette trilogie est également destinée aux adultes. Il faut dire qu'avec son immense talent de conteur, dans un style simple et inspiré, Phlip Pullman nous embarque rapidement dans une fabuleuse et profonde aventure...

L'histoire débute à Oxford, aux alentours de l'époque Victorienne, dans un monde proche du notre à cette différence prêt que chaque humain est accompagné d'un daemon, de sa naissance à sa mort. Jusqu'à l'age adulte le daemon est une créature métamorphe qui peut prendre la forme de n'importe quel animal. Passé la puberté cette aptitude disparait et une forme définitive s'impose à lui, reflet de la personnalité de son humain ; et il devient en quelque sorte alors son animal totem.
De part sa curiosité et son intrépidité, la jeune Lyra, élevée par les érudits du collège d'Oxford, va apprendre par hasard l'existence d'une substance mystérieuse que l'on appelle la poussière, étrange particule élémentaire qui serait dotée de conscience. Cette révélation fortuite sera le premier pas qu'il la conduira vers les royaumes du Nord....  

Je vous propose de  découvrir trois visions de cette trilogie au fil des posts de ce blog, trois très belles illustrations d'un ami dessinateur, Gregory Ledoux, que ce chef d'oeuvre a inspiré.

Voici la première  : Lyra consultant son aléthiometre...
Illustration de Gregory Ledoux - cliquez sur l'image pour l'agrandir

"Chaque fois qu'elle était seule, Lyra déballait l'aléthiomètre et l'observait longuement, comme une amoureuse contemple la photo de son bien-aimé. Ainsi, chaque dessin avait plusieurs significations, hein ? se disait-elle. Pourquoi ne pourrait-elle pas les déchiffrer ? N'était-elle pas la fille de Lord Asriel ?
Repensant à ce qu'avait dit Farder Coram, elle tenta de concentrer ses pensées sur trois symboles choisis au hasard, devant lesquels elle disposa les trois aiguilles. Elle s'aperçut alors qu'en tenant simplement l'aléthiomètre dans ses paumes, en le regardant paisiblement, la grande aiguille se déplaçait d'une façon moins aléatoire..."

Extrait du tome 1 de la trilogie "Les royaumes du Nord"


mercredi 21 août 2013

Le visible et l'invisible avec Christian Singer

"Une autre donnée insupportable de la vie, tout aussi insupportable à nos contemporains logiques jusqu'à l'idolâtrie, c'est que le monde invisble est lié au monde visible de manière mystérieuse et a-causale. Tu ne sais jamais lorque tu tiens un fil, à quoi il se trouve relié sur l'autre versant. Un succès considérable peut n'être qu'une coquille vide et une cheville tordue te faire retrouver le chemin perdu. Tu ne sais jamais ce qui relie les choses entre elles. Jamais par la seule volonté, tu ne peux avoir accès au sens ou à l'essentiel. Tout le monde feint de croire que ce monde est stable et solide mais toi qui a été un enfant, tu sais bien qu'il n'en est rien. Tu peux préméditer, prévoir tout ce que tu veux, le fruit attendu ne vient pas. Agis sans intention ni esprit de profit et le fruit tombe (ou non) à tes pieds ! Bien que la causalité tant prisée soit sans cesse déjouée, nous continuons de nous y cramponner. La surgie du fruit n'a lieu que lorsque la dimension horizontale de l'effort, de la persévérance, rejoint brusquement la dimension verticale : celle du secret. Mais qui voudrait encore savoir ces choses ? Qui accepterait d'en recevoir la vivifiante, la bousculante leçon, jour après jour ?"

Extrait de "Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?" de Christian Singer, éditions Albin Michel


Photographie : Calm and solitude by jyoujo




jeudi 8 août 2013

Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Illustration de Vincent Dutrait
 
Le garçon refusait de croire qu'il avait été transformé en tomte. «Je dois être en train de rêver ou de délirer, pensa-t-il. Dans quelques instants je serai redevenu un être humain. »
Il s'avança devant le miroir et ferma les yeux pour ne les rouvrir qu'au bout de quelques minutes, certain qu'alors tout serait normal. Mais ce ne fut pas le cas, il était et restait aussi petit. À part cela il se trouvait exactement le même qu'avant. Les cheveux blond filasse et les taches de rousseur sur le nez et les pièces sur la culotte de cuir et la chaussette raccommodée, tout était pareil, à part que ça avait rétréci.
Non, inutile de rester immobile et d'attendre, ça, il le comprit vite. Il fallait trouver une solution. La plus sage était probablement de retrouver le tomte et de se réconcilier avec lui.
Il sauta par terre et commença à chercher. Il regarda derrière des chaises et des armoires et sous la banquette à couvercle et dans le four. Il se glissa même dans quelques trous de souris, mais impossible de retrouver ce tomte.
Tout en cherchant, il pleurait et priait et promettait tout ce qu'on peut imaginer. Plus jamais il ne manquerait à sa parole envers quelqu'un, plus jamais il ne serait méchant, plus jamais il ne s'endormirait au milieu du sermon. Pourvu seulement qu'il pût redevenir humain et il serait le meilleur des garçons, le plus gentil et le plus obéissant. Mais il avait beau promettre, c'était peine perdue.
Tout à coup, il se souvint que maman avait dit que le peuple des petits habitait souvent dans les étables, et sans tarder il décida d'y aller voir s'il retrouvait le tomte. Comme la porte de la maison était ouverte — sacrée chance, sinon jamais il n'aurait pu atteindre la serrure pour l'ouvrir — il put sortir sans peine.
Arrivé de l'autre côté de la porte, il chercha ses sabots, puisqu'à l'intérieur il marchait évidemment en chaussettes. Il se demandait comment il allait se débrouiller avec ses gros sabots lourds lorsqu'il vit une paire de petits sabots qui l'attendaient sur le seuil. Mais quand il comprit que le tomte avait poussé la sollicitude jusqu'à lui transformer aussi ses sabots, il n'en fut que plus inquiet. Apparemment, ce désastre était prévu pour durer longtemps.
Un moineau sautillait sur la vieille planche en chêne posée sur le seuil devant la porte. A peine vit-il le garçon qu'il se mit à pépier très fort : «Tuit ! Tuit ! Regardez Nils le gardeur d'oies ! Regardez ce petit Poucet ! Regardez Nils Holgersson Poucet ! »
Immédiatement, les oies et les poules tournèrent leurs yeux vers le garçon, et ce furent des caquètements épouvantables. «Cocorico, cria le coq, c'est bien fait pour lui. Cocorico, il m'a tiré la crête. » « Cot, cot, cot, c'est bien fait pour lui », crièrent les poules qui continuèrent ainsi comme si elles n'avaient plus voulu s'arrêter. Les oies se rassemblèrent en un mur compact, avancèrent leur tête et demandèrent : « Mais qui lui a fait ça ? Mais qui lui a fait ça ? »
Dans l'histoire, le plus étrange c'était que Nils comprenait ce que tous disaient. Il en fut si étonné qu'il s'arrêta sur le pas de la porte et écouta. « Ça doit être parce que j'ai été transformé en tomte, se dit-il, c'est sûrement pour ça que je comprends la voix des oiseaux. »
Mais comme il ne supportait pas d'entendre les poules répéter que c'était bien fait pour lui, il leur jeta une pierre en criant : « Taisez-vous, volatiles de malheur ! »
Mais il avait oublié qu'il n'était plus celui que les poules craignaient. Toute la bande de poules se précipita vers lui, l'encercla et cria : « Cot, cot, cot, c'est bien fait pour toi. Cot, cot, cot, c'est bien fait pour toi. »
Le garçon essaya alors de leur échapper, mais les poules le poursuivirent, et en criant si fort qu'il faillit en devenir sourd. Il ne leur aurait sans doute jamais échappé si le chat de la maison n'était pas arrivé. Dès que les poules l'aperçurent, elles se turent et firent comme si elles n'avaient d'autre idée en tête que de gratter le sol pour y trouver des vers.


Extrait du Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf