samedi 5 septembre 2015

Equinox de Jean Michel Jarre

Chef d'oeuvre de Jean Michel Jarre 
Certains passages relèvent tout simplement du génie musical, nous transportant dans un autre monde... Pour amateurs de Sf et de voyages extraordinaires !


Quelques peintures pouvant accompagner l'écoute de l'album 

Eruption of primary season de Josipscoor


Peinture de Beksinski

Highlanders awakening de Josipcsoor

jeudi 27 août 2015

samedi 22 août 2015

Cabanes de pêcheurs et boue bleue de Moutiers en Retz

Belle découverte ce petit village de Moutiers en Retz et ses cabanes de pêcheurs.
A marée basse la boue bleue fait son apparition et associée au coucher de soleil, on avait l'impression d'être dans un village de cabanes du bout du monde. Un endroit apaisé, contemplatif, à l'écoute du mystère du lointain, de la musique de l'univers








mardi 7 juillet 2015

Boeuf musqué


"Contemporain du mammouth, le boeuf musqué vit dans le Grand Nord depuis des milliers d’années, au Groenland, au Canada ou en Scandinavie." - Photographie de Vincent Munier

Grues du Japon - Photographie de Vincent Munier



"Au début du XXe siècle, les grues étaient en voie de disparition. On les chassait pour leurs vertus prétendument aphrodisiaques. Grâce à l’action du Pr Masatomi, un scientifique japonais, l’espèce a pu être provisoirement sauvée. Aujourd’hui, on en dénombre un millier sur l’île de Hokkaido." Vincent Munier

lundi 22 juin 2015

samedi 20 juin 2015

Comment lâcher du lest ? par Bertrand Piccard

Pour augmenter notre liberté dans les vents de la vie, nous devons être capables de sortir des situations qui nous emprisonnent. Comme un pilote de ballon qui changerait d’altitude en vue de trouver une meilleure trajectoire. Pour y parvenir, nous devons lâcher du lest, nous débarrasser des croyances et autres certitudes qui nous alourdissent. Très concrètement, cela signifie d’envisager de nous comporter à l’inverse de ce que nous avons toujours fait, de devenir les pionniers de nos vies, pour remettre sans cesse en question notre façon de penser et de réagir.


Changer ce qui peut l’être 

Malgré les apparences, la vie est loin d’être binaire et ne se résume pas à ce que l’on peut ou non contrôler, ni aux situations que l’on doit accepter ou refuser. Si c’était le cas, nous aurions bien peu de perspectives d’évolution. L’existence en deux dimensions nous laisse certes la possibilité de choix, mais nous sommes en réalité beaucoup plus libres que cela dans les vents de la vie. Pourquoi ? Parce qu’il existe heureusement une troisième dimension.

Le vol en ballon nous montre comment en profiter. Il est évident que le pilote ne peut pas modifier la force ni la direction du vent et qu’il se trouve en ce sens prisonnier des éléments. Mais il peut changer et contrôler très précisément un autre paramètre, je veux parler de son altitude. C’est de cette manière qu’il parvient à se diriger. L’atmosphère est constituée de couches météorologiques distinctes dans lesquelles les vents ont une vitesse et surtout une direction différentes à chaque altitude. Cela signifie que le pilote, dès que sa trajectoire ne lui convient plus, modifie son niveau de vol pour trouver des courants qui le feront tourner à gauche ou à droite. C’est dans les faits sa seule liberté, son unique responsabilité : changer d’altitude pour changer de direction.

Voilà ce que nous devrions appliquer dans les vents de la vie lorsque la situation n’est exploitable ni en l’acceptant, ni en la refusant. Plutôt que de nous battre horizontalement pour aller à gauche ou à droite, nous devons changer d’altitude pour prendre un autre vent qui nous emmènera dans une autre direction.

En ce sens, la vie est un grand vol en ballon. Nous sommes bien souvent prisonniers des éléments qui nous emmènent sur des chemins qui ne nous plaisent pas. Nous pouvons certes nous lamenter et tenter de résister, mais ce ne sera que pour souffrir davantage. Notre responsabilité, notre libre arbitre consiste essentiellement, comme pour l’aéronaute, à changer de niveau.


Nous devons trouver le moyen d’améliorer notre altitude dans tous les domaines de l’existence : éducation, apprentissage, profession, relation aux autres et à nous-mêmes ; changer de niveau socialement, psychologiquement, philosophiquement et bien sûr spirituellement, afin de capter des idées neuves, nous ouvrir à d’autres influences, d’autres solutions, réponses et stratégies, d’autres visions du monde, qui modifieront notre direction et nous aideront à modifier le cours de notre existence.
Nous ne changerons jamais la direction des courants aériens ni celle des vents de la vie, mais nous pouvons à chaque instant changer d’altitude pour nous en libérer et trouver une meilleure trajectoire. Changer de niveau de compréhension afin de dépasser nos peurs, afin de découvrir d’autres façons de penser et de se comporter, d’autres explications, d’autres manières de percevoir la cause et même le sens de ce qui nous arrive. Comprendre ce que nous avons à faire de notre passage sur Terre.

Quand on pense à toute l’énergie gaspillée à convaincre les autres qu’ils ont tort, plutôt que d’essayer d’utiliser leurs idées pour enrichir notre propre expérience ! Le changement d’altitude vers le haut, c’est toute l’ouverture à d’autres stratégies, à d’autres manières de faire, c’est cette possibilité de remettre en question nos certitudes, de nous affranchir de notre peur de l’inconnu, pour nous ouvrir au monde qui nous entoure.

Il y a tellement de situations où une transformation de notre point de vue permettrait cette compréhension de nous-mêmes, des autres et de la vie, porteuse de liberté intérieure.

Lâcher du lest 

Se contenter de dire qu’il faut changer d’altitude dans les vents de la vie pour acquérir une autre vision du monde resterait une simple métaphore poétique si nous n’en faisions pas quelque chose de tangible. C’est d’outils concrets dont nous avons besoin. Pour cela, il nous faut comprendre comment fonctionne un ballon.

Un aérostat est en équilibre lorsque la portance de son enveloppe de gaz (plus léger que l’air ambiant) compense son poids. Toute augmentation de poids le fera descendre et tout allègement, monter.

Dès le décollage, pour prendre de l’altitude, le pilote devra lâcher du lest.

Extrait du livre de Bertrand PICCARD : « Changer d’altitude », 
pages 81 à 83 (Editions HACHETTE, préface de Matthieu RICARD).


jeudi 18 juin 2015

Neutron Star illustrée par Peter Andrew Jones


Neutron Star (l'étoile invisible en français) a été publiée pour la première fois en 1966 dans le magazine de science-fiction américain If.
L’histoire est connue pour avoir été la première à présenter une étoile à neutrons. La nouvelle a reçu le Prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 1976.

samedi 31 janvier 2015

La science à la rencontre du bonheur

Reportage passionnant de la RTS dans lequel on apprendra entre autre que trop de choix nous gâche le plaisir, que nous ne sommes pas très bons lorsqu'il s'agit d'imaginer ce qui va nous rendre heureux, que l'argent ne fait pas nécessairement le bonheur - et c'est un millionnaire qui le dit :), qu'il existe un gêne qui déterminerait notre propension à être plutôt optimiste ou pessimiste, mais heureusement il n'y a pas de fatalité : la méditation et la psychologie positive permettant d'y remédier ; que nous prenons plus de plaisir à offrir qu'à recevoir, etc. A voir !

samedi 24 janvier 2015

Les fresques animistes de Maki Ohkojima

La nature et ses esprits sont à l'honneur avec l'artiste Maki Ohkojima. Ses peintures murales très colorées, fourmillant de détails, enchantent les petits comme les grands, et nous invitent à voyager dans un monde fantastique et merveilleux.



In the Forest


In the Forest mural by Maki OhkojimaIn the Forest mural by Maki OhkojimaIn the Forest mural by Maki OhkojimaIn the Forest mural by Maki Ohkojima

Wild Light

Wild Light mural by Maki OhkojimaWild Light mural by Maki Ohkojima

Star Song

Star Song mural by Maki OhkojimaStar Song mural by Maki OhkojimaStar Song mural by Maki Ohkojima

Trailblazer

Trailblazer mural by Maki Ohkojima

Let’s Talk About the Story of Big Sky

Let's Talk About the Story of Big Sky mural by Maki OhkojimaLet's Talk About the Story of Big Sky mural by Maki OhkojimaLet's Talk About the Story of Big Sky mural by Maki Ohkojima

Mountain Child

Mountain Child mural by Maki OhkojimaMountain Child mural by Maki OhkojimaMountain Child mural by Maki Ohkojima

lundi 19 janvier 2015

La parabole des oiseaux noirs et des oiseaux blancs



«Non seulement, Tierno Bokar s'abstenait de juger autrui, mais encore il essayait de nous faire comprendre qu'une bonne pensée est toujours préférable à une mauvaise, même lorsqu'il s'agit de ceux que nous considérons comme nos ennemis. Il n'était pas toujours facile de nous convaincre, comme le montre l'anecdote suivante où il fut amené à nous parler des oiseaux blancs et des oiseaux noirs.

«Ce jour-là, Tierno avait commenté ce verset : "Celui qui a fait le poids d'un atome de bien le verra ; celui qui a fait le poids d'un atome de mal, le verra" (Coran XC, 7 et 8).»

Comme nous le questionnions sur les bonnes actions, il nous dit :

- La bonne action la plus profitable est celle qui consiste à prier pour ses ennemis.

- Comment ! m'étonnai-je. Généralement, les gens ont tendance à maudire leurs ennemis plutôt qu'à les bénir. Est-ce que cela ne nous ferait pas paraître un peu stupide que de prier pour nos ennemis ?

- Peut-être, répondit Tierno, mais seulement aux yeux de ceux qui n'ont pas compris. Les hommes ont, certes, le droit de maudire leurs ennemis, mais ils se font beaucoup plus de tort à eux-mêmes en les maudissant qu'en les bénissant.

- Je ne comprends pas, repris-je. Si un homme maudit son ennemi et si sa malédiction porte, elle peut détruire son ennemi. Cela ne devrait-il pas plutôt le mettre à l'aise ?

- En apparence, peut-être, répondit Tierno, mais ce n'est alors qu'une satisfaction de l'âme égoïste, donc une satisfaction d'un niveau inférieur, matériel.

Du point de vue occulte, c'est le fait de bénir son ennemi qui est le plus profitable. Même si l'on passe pour un imbécile aux yeux des ignorants, on montre par là, en réalité, sa maturité spirituelle et le degré de sa sagesse.»

- Pourquoi ? lui demandai-je. C'est alors que Tierno, pour m'aider à comprendre, parla des oiseaux blancs et des oiseaux noirs.

- Les hommes, dit-il, sont les uns par rapport aux autres, comparables à des murs situés face à face.

Chaque mur est percé d'une multitude de petits trous où nichent des oiseaux blancs et des oiseaux noirs. Les oiseaux noirs, ce sont les mauvaises pensées et les mauvaises paroles.

Les oiseaux blancs, ce sont les bonnes pensées et les bonnes paroles. Les oiseaux blancs, en raison de leur forme, ne peuvent entrer que dans des trous d'oiseaux blancs et il en va de même pour les oiseaux noirs qui ne peuvent nicher que dans des trous d'oiseaux noirs.

Youssouf et Ali
« Maintenant, imaginons deux hommes qui se croient ennemis l'un de l'autre. Appelons-les Youssouf et Ali.

Un jour, Youssouf, persuadé que Ali lui veut du mal, se sent empli de colère à son égard et lui envoie une très mauvaise pensée.

Ce faisant, il lâche un oiseau noir et, du même coup, libère un trou correspondant. Son oiseau noir s'envole vers Ali et cherche, pour y nicher, un trou vide adapté à sa forme.

Si, de son côté, Ali n'a pas envoyé d'oiseau noir vers Youssouf, c'est-à-dire s'il n'a émis aucune mauvaise pensée, aucun de ses trous noirs ne sera vide.

Ne trouvant pas où se loger, l'oiseau noir de Youssouf sera obligé de revenir vers son nid d'origine, ramenant avec lui le mal dont il était chargé, mal qui finira par ronger et détruire Youssouf lui-même.

Mais imaginons qu'Ali a, lui aussi, émis une mauvaise pensée. Ce faisant, il a libéré un trou où l'oiseau noir de Youssouf pourra entrer afin d'y déposer une partie de son mal et y accomplir sa mission de destruction.

Pendant ce temps, l'oiseau noir d'Ali volera vers Youssouf et viendra loger dans le trou libéré par l'oiseau noir de ce dernier. Ainsi les deux oiseaux noirs auront atteint leur but et travailleront à détruire l'homme auquel ils étaient destinés.

Mais une fois leur tâche accomplie, ils reviendront chacun à son nid d'origine car, est-il dit :Toute chose retourne à sa source

«Le mal dont ils étaient chargés n'étant pas épuisé, ce mal se retournera contre leurs auteurs et achèvera de les détruire.

L'auteur d'une mauvaise pensée, d'un mauvais souhait, d'une malédiction est donc atteint à la fois par l'oiseau noir de son ennemi et par son propre oiseau noir lorsque celui-ci revient vers lui.

La même chose se produit avec les oiseaux blancs. Si nous n'émettons que de bonnes pensées envers notre ennemi alors que celui-ci ne nous adresse que de mauvaises pensées, ses oiseaux noirs ne trouveront pas de place où loger chez nous et retourneront à leur expéditeur.

Quant aux oiseaux blancs porteurs de bonnes pensées que nous lui aurons envoyés, s'ils ne trouvent aucune place libre chez notre ennemi, ils nous reviendront chargés de toute l'énergie bénéfique dont ils étaient porteurs.

Ainsi, si nous n'émettons que de bonnes pensées, aucun mal, aucune malédiction ne pourront jamais nous atteindre dans notre être.

C'est pourquoi il faut toujours bénir et ses amis et ses ennemis. Non seulement la bénédiction va vers son objectif pour y accomplir sa mission d'apaisement, mais encore elle revient vers nous, un jour ou l'autre, avec tout le bien dont elle était chargée.»

C'est ce que les soufis appellent l'égoïsme souhaitable. C'est l'Amour de Soi valable, lié au respect de soi-même et de son prochain parce que tout homme, bon ou mauvais, est le dépositaire d'une parcelle de la Lumière divine. C'est pourquoi les soufis, conformément à l'enseignement du Prophète, ne veulent souiller ni leur bouche, ni leur être par de mauvaises paroles ou de mauvaises pensées, même par des critiques apparemment bénignes. »
Tiré de vie et enseignements de Tierno Bokar, par Hamadou Hampaté Bâ

Mise en image poétique de la parabole

Oiseaux blancs et oiseaux noirs par achblog


Photo de présentation provenant du documentaire "le sage de Bandiagara" sur la vie de Tierno Bokar

mercredi 14 janvier 2015

La Nébuleuse de la Carène

Magnifique nébuleuse de la Carène, qui est une grande nébuleuse brillante englobant plusieurs amas ouverts d'étoiles. Elle se situe à une distance estimée entre 6 500 et 10 000 années-lumière de la Terre. 

Cette photo est une image colorisée de la nébuleuse de la Carène résultant de l'assemblage de 47 clichés pris grâce au Télescope spatial Hubble. Le rouge correspond au soufre, le vert à l'hydrogène, et le bleu à l'émission d'oxygène.

Le résultat est impressionnant !



Credit for Hubble Image: NASAESA, N. Smith (University of California, Berkeley), and The Hubble Heritage Team (STScI/AURA)


http://hubblesite.org

Hommage à un homme libre

AU COTÉ DE CABU 
DE WOLINSKI ET 
DES AUTRES, BERNARD 
MARIS, "ONC'BERNARD" 
EST MORT DE SON COURAGE

D'une intelligence supérieure et d'une culture stupéfiante, on serait très vite impressionné par Bernard Maris s'il n'avait pas eu le don de mettre tout le monde à l'aise et de faire rire. Car Bernard Maris, c'était quelqu'un que l'on tutoyait tout de suite. Quelqu'un que l'on voulait comme ami.
Bernard Maris
Simple, gentil, drôle et immensément brillant. Sur le plan intellectuel,Bernard Maris était, à l'instar des grands esprits, inclassable. Economiste de formation et historien de l'économie, journaliste et écrivain. Fin connaisseur de l'économiste Maynard Keynes, tout aussi bien que du psychanalyste Sigmund Freud. Auteur d'un essai littéraire à succès sur le romancier Michel Houellebecq ... Inclassable, donc. Mais toujours libre. Libéré du discours dominant : il aura été un leader dans la construction d'une pensée alternative, dans sa vulgarisation et sa diffusion.

Bernard Maris était avant tout un fin observateur de la société. Il militait pour le « réencastrement » de l'économie dans le réel, dans le social. Il a participé à la réhabilitation de notions telles que le don et la gratuité ainsi qu'au développement du tiers secteur.

Grand lecteur de René Girard, Bernard Maris a toujours condamné la violence. Violence de la guerre (il est l'auteur d'un ouvrage sur le premier conflit mondial « L'homme dans la guerre ») mais surtout violence de l'économie. Contre la violence prédatrice de l'évolution du capitalisme moderne que ce soit envers la nature ou envers l'homme lui-même. Militant, il en appelait à la création d'une économie « positive », plus humaine, plus citoyenne, plus écologique. Il s'élevait contre la violence de l'économie mais aussi contre son hégémonie. Il est l'auteur d'un « Antimanuel » d'économie, mais aussi de pamphlets contre la domination du discours néolibéral. Autant d'ouvrages rédigés avec talent et humour, lui qui aimait répéter que « l'économie est de l'idéologie mise en équation ».

Economiste « hétérodoxe » dans le sens où il ne faisait pas de la croissance l'alpha et l'oméga du progrès économique. Il avait parfaitement intégré les limites de la biosphère, notre finitude. Economiste hétérodoxe mais respecté. Son talent et ses compétences étaient reconnus de tous. Proche de Michel Rocard, membre du conseil général de la Banque de France, il avait été promu Chevalier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur cet été.

Aux cotés de Cabu de Wolinski et des autres, Bernard Maris, « Onc'Bernard » est mort de son courage. Il était, avec Charlie Hebdo, journal dont il était un actionnaire, un symbole de la liberté d'expression. A ce titre, il restera une source d'inspiration pour les écologistes, pour tous les pacifistes non-conformistes, et pour toutes les pensées créatrices et capacités de se révolter. La Fondation Nicolas Hulot et son conseil scientifique, dont il était membre, ont perdu un homme libre, dont l'apport à la pensée et à l'action est inestimable.

lundi 12 janvier 2015

Dieu se niche dans la poitrine d'un rouge-gorge


"Dieu est le plus fin du fin du fin de la vie. Tellement transparent qu’il est indéchirable. Le dernier fil ne lâche pas. Tout le reste va lâcher. Nos solidités, nos savoirs, nos volontés ne tiennent pas la route. Tôt ou tard, elles cassent - d’autant plus facilement qu’elles sont crispées sur elles-mêmes. Mais un duvet de moineau ou l’aigrette du pissenlit, ça ne se brise pas. C’est tellement léger que ça ne peut pas connaître cette mésaventure. Moi, le Dieu dont je parle parfois, sans doute trop d’ailleurs, il ne tient pas dans le coffre-fort d’une église ou d’un dogme. Il tient dans la poitrine d’un rouge-gorge. Plutôt étonné, comme le sont les rouges-gorges, de nous trouver sur sa route." Christian Bobin

Photo de P. Massaux

samedi 10 janvier 2015

Je suis Charlie, Yo soy Charlie, Jsem Charlie Hebdo...



A voir la Grande Librairie consacrée à Charlie Hebdo avec Daniel Pennac, Gérard Mordillat, Tahar Ben Jelloun, Virginie Despentes, Uderzo et Enki Bilal : http://culturebox.francetvinfo.fr/emissions/france-5/la-grande-librairie

Emission passionnante, intelligente qui offre un hommage bienveillant, amical et pudique à Charlie Hebdo.

Pour contrer et limiter le champ d'influence de toute sorte de fanatisme, la meilleure arme est l'éducation, la Culture, les livres, la lecture, et surtout transmettre aux enfants, ou réapprendre avec eux, à s'émerveiller...

mardi 6 janvier 2015

La vérité inexprimable des souffles avec Christian Bobin


 Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs de jazz ne sont pas des gens convenables, c’est pourquoi les connaître donne tant de joie. La main en suspens au-dessus du clavier, Thelonious Monk appelle en silence. « Il y a quelqu’un ? » est la question posée. On entend la même question dans les psaumes. Chaque note est jouée dans l’espérance d’entendre la réponse. Les musiciens de jazz ne vieillissent jamais. Avec le temps, ils deviennent des montagnes sacrées aux vapeurs de tabac anglais, chefs-d’œuvre de joie-sagesse. Monk a fini ses jours dans un appartement new-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles tituber sur les eaux noires de l’Hudson, toute l’Égypte dans leurs yeux. Une baronne l’avait adopté avec son épouse. Isabelle Rimbaud, Dora Diamant, Nadejda Mandelstam : les femmes qui prennent soin des poètes, on devrait comme je le fais ici recopier leur nom, faire en sorte que la mousse du temps ne le recouvre jamais.

Dans les dernières années, Thelonious Monk ne touchait plus aucun piano, ne parlait plus. Ce n’était pas la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. C’était la paix immense que savent les nouveau-nés. Il avait rejoint ce royaume jadis entrevu entre deux notes. Vivre répond à tout. Oui, sans aucun doute, « il y a quelqu’un ». J’ai vu une pauvresse dans une galerie marchande compter ses sous. De sa main droite, elle prélevait une à une les petites pièces en cuivre dans sa main gauche comme on cueille des mûres, en prenant soin de ne pas les écraser. Une lumière sortait de ses mains. Son attention valait celle d’une sainte. Son courage m’éblouissait. Il faut du courage pour tout, même pour ramasser un crayon tombé à terre. Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. La paix intérieure est la seule terre sainte.

J’écoute un hibou dans l’opéra glacé de la nuit. Je ne crois pas à ce qu’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. Je crois au Dieu qui fait briller le poil des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. Elle est si brève, la vie interminable. Je donne mon cœur aux vagabonds qui dorment dans les fossés des livres. La vie est un conte de fées avec ses forêts, ses ogres et sa chance ultime. Je ne crois à rien de raisonnable. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et que c’est la plus belle partie du conte de fées.

Christian Bobin

Ecrivain et poète, Christian Bobin a récemment publié L’Homme-joie (L’Iconoclaste) et La Grande vie (Gallimard, 2014).


lundi 5 janvier 2015

Bonne année 2015


Bonne et heureuse année 
à toutes celles et ceux qui feront escale sur ce blog

Je vous souhaite Mille et une douceurs pour 2015, 
de belles et enrichissantes rencontres humaines, animales, littéraires, artistiques..., 
et une multitude de petits émerveillements
 tout au long de l'année ****


Illustration de May Ann Lumbang Licudine

jeudi 25 décembre 2014

Le livre de Noël

Joyeux Noël à tous ! Pour l'occasion un petit cadeau qui reflète pleinement l'esprit de Noël. Il s'agit d'un court récit autobiographique de la grande Selma Lagerlof, la maman de Nils Holgerson. Elle y évoque le plaisir de l'attente, le partage d'un moment convivial en famille, jusqu'au moment de l'ouverture des cadeaux et, dans la simplicité, la découverte de celui qui va la faire voyager loin à la rencontre de mondes merveilleux :

« Rien ne peut surpasser le bonheur de se trouver là, avec dans les mains un livre plaisant reçu en cadeau pour Noël, un livre que l’on n’avait jamais vu auparavant et que personne d’autre dans cette maison ne connaît non plus, et de savoir que l’on pourra en lire les pages l’une après l’autre, pour autant que l’on sache rester éveillé. Mais que faire durant la nuit de Noël si l’on n’a pas reçu de livre ? »

Et vous, avez-vous reçu votre livre de Noël ou son équivalent ?

Voici ci dessous la retranscription du "Le livre de Noël', provenant du recueil du même nom



"Nous sommes assis autour de la grande table à rallonges, un soir de réveillon à Marbacka. Papa à l'une des extrémités, maman à l'autre.

Oncle Wachenfeldt est là aussi -et tante Lovisa, et Daniel, Anna, Gerda et moi. Comme toujours, Gerda et moi sommes assises de part et d'autre de maman, parce que nous sommes les plus jeunes. L'image reste très claire dans mon esprit.

Nous avons mangé de la morue "à la lessive", le riz au lait et les millefeuilles. Assiettes, cuillers, couteaux et fourchettes ont été débarrassés mais la nappe est restée. Les deux bougies à plusieurs branches fabriquées maison brûlent dans leurs candélabres au milieu de la table, entourées de la salière, du sucrier, de l'huilier et d'un gros cruchon en argent, rempli à ras bord de bière de Noël.

Le repas étant terminé, nous devrions quitter la table, mais ce n'est pas le cas. Nous restons assis dans l'attente de la distribution des cadeaux de Noël.

Nulle part ailleurs dans la région qu'à Marbacka on distribue ainsi les cadeaux de Noël après avoir mangé le riz au lait traditionnel. Mais à Marbacka subsistent d'anciennes coutumes et qui nous conviennent. Rien ne peut égaler cette attente qui, des heures durant, tout au long de le veille de Noël, se prolonge parce que l'on sait que le meilleur reste à venir. Le temps s'écoule lentement, très lentement, mais nous sommes convaincus que les autres enfants, qui ont reçu leurs cadeaux vers sept ou huit heures, n'ont pas éprouvé cette jouissance qui est la nôtre en ce moment, en cet instant tant attendu et qui enfin arrive.

Les yeux brillent, les joues s'enflamment, les mains tremblent lorsque la porte s'ouvre pour laisser entrer les deux domestiques déguisés en boucs de Noël et qui traînent deux grosses hottes pleines de paquets jusqu'à la place de maman.

Puis maman en extrait un paquet après l'autre, sans se presser outre mesure. Elle lit le nom du destinataire, parcourt avec difficulté les vers rimés gribouillés qui accompagnent les cadeaux, puis enfin les tend.

Pratiquement muets durant les premiers instants, tandis que nous brisons les sceaux et déplions les papiers, nous poussons bientôt, l'un après l'autre, un cri de joie. Puis nous parlons, rions, examinons l'écriture sur nos paquets, comparons nos cadeaux et laissons la joie nous envahir.

Le réveillon auquel je pense en ce moment, je venais d'avoir dix ans et je suis assise à la table de Noël aussi impatiente et tendue qu'on peut l'être. Je sais si bien ce que j'aimerais recevoir. Il ne s'agit ni de beaux tissus pour confectionner des robes, ni de dentelles ou de broches, ni de patins à glace ou sachets de friandises ; non, il s'agit de tout autre chose. Pourvu que quelqu'un ait l'idée de me l'offrir !

Le premier cadeau que je sors de son emballage est une boîte à ouvrage, et je comprends immédiatement qu'il est de maman. La boîte contient de nombreuses petites cases à l'intérieur desquelles elle a rangé des paquets d'aiguilles, de la laine à repriser, un écheveau de soie noire, de la cire et du fil. Maman tient sans doute à me rappeler que je devrais essayer de faire des progrès en couture et pas seulement songer à la lecture.

Anna m'offre une petite pelote à épingles très joliment galonnée et qui s'adapte à une des cases de la boîte à ouvrage. Tante Lovisa me fait cadeau d'un dé à coudre en argent, et Gerda a brodé un petit modèle d'initiales qui me permettra dorénavant de marquer moi-même mes bas et mes mouchoirs. Aline et Emma Laurell sont rentrées chez elles, à Karlstad, mais elles ont pensé à moi et à nous tous. De la part d'Aline, on me tend de petits ciseaux de brodeuse, rangés dans un étui qu'Aline a confectionné elle-même, à partir d'une pince de homard et d'un coupon de soie. Emma m'offre un petit hérisson de laine rouge, bardé d'épingles en place de ses piquants.

Toutes ces petites choses que je viens de recevoir sont avant tout pratiques mais je commence à m'inquiéter. J'ai là tout ce qu'il faut pour la couture. Mais si jamais je ne recevais pas ce que j'espère !

Car il me faut expliquer comment les choses se passent à Marbacka le soir du réveillon. On a le droit de tirer une petite table au chevet de son lit et d'y poser une bougie, et puis l'on a le droit de lire aussi longtemps qu'on le désire. Et cela constitue le plus grand des plaisirs de Noël. Rien ne peut surpasser le bonheur de se trouver là, avec dans les mains un livre plaisant reçu en cadeau de Noël, un livre qu'on n'avais jamais vu auparavant et que personne d'autre dans cette maison ne connaît non plus, et de savoir que l'on pourra en lire les pages l'une après l'autre, pour autant que l'on sache rester éveillé. Mais que faire durant la nuit de Noël si l'on n'a pas reçu de livre ?

C'est à cela que je pense tandis que, un élément après l'autre, je découvre mon nécessaire de couture. Mes oreilles commencent à s'échauffer, assurément il s'agit là d'une véritable coalition. Et si jamais je ne recevais pas de livre de Noël ?

Daniel m'offre une délicate aiguille à crocheter en os, Johan une jolie petite plaque à enrouler les écheveaux et, pour finir, papa me présente un gros cadeau : un tambour à broder qu'il a commandé à l'excellent menuisier d'Askerby. Parfaitement identique, m'explique-t-il, à celui que ses soeurs utilisaient quand elles et lui étaient petits.

- Tu deviendras sûrement une excellente couturière, me dit maman, avec toutes ces jolies choses qu'on t'a offertes.

Les autres rient. On voit à mon air que les cadeaux reçus ne me satisfont pas pleinement, et tous trouvent sans doute qu'ils m'ont joué un bon tour.

La distribution tire à sa fin et, avec tous ces cadeaux reçus, je ne peux guère m'attendre à plus.

Tante Lovisa a reçu un roman et deux almanachs, le Svea et le Nornan, dont je profiterai certainement moi aussi un jour, mais que ma tante lira en premier. Oh non, ce n'est pas simple d'avoir l'air gaie et de prendre son parti d'une telle situation.

Quand maman sort le dernier paquet de la hotte à cadeaux, je comprends à sa forme qu'il s'agit d'un livre. Il ne sera bien évidemment pas pour moi. On a sans doute décidé d'avance que je n'aurai pas de livre.

Le paquet m'est adressé, pourtant et, dès que je le tiens entre mes mains, je sens qu'il s'agit bien d'un livre. Je rougis à l'instant et, dans ma précipitation pour emprunter les ciseaux, je pousse presque des cris. Je coupe la ficelle, j'arrache le papier à toute vitesse, et voilà devant mes yeux le plus joli des livres, un livre de contes de fées. Ce que je comprends en regardant l'image de la couverture.

Je sens que tous autour de la table me regardent. Ils savent bien sûr que ceci est mon meilleur cadeau, le seul qui me fasse véritablement plaisir.

- Quel livre as-tu reçu ? demande Daniel en se penchant vers moi.

J'ouvre la couverture et reste bouche bée à regarder la page de titre. Je ne comprends pas un mot.

- Fais voir ! dit-il, puis il lit : Nouveaux contes de fées pour les petits enfants, par Mme la comtesse de Ségur.

Il referme le livre et me le rend.

- C'est un livre de contes en français, me dit-il. Tu vas avoir de quoi t'amuser.

Durant un semestre, Aline Laurell m'a donné des cours de français mais, maintenant que je feuillette les pages de ce livre, je n'en comprends pas un mot.

Recevoir un livre en français est presque pire que de ne pas recevoir de livre du tout. J'ai du mal à retenir mes larmes mais, heureusement, j'aperçois une des planches illustrées.

Là, la plus charmante des petites princesses voyage dans une voiture attelée à deux autruches et, sur le dos d'un des deux oiseaux, chevauche un jeune page portant un chapeau décoré de plumes et une veste brodée d'armoiries. La princesse elle-même arbore de grandes manches bouffantes et un large col luxuriant. Les autruches sont coiffées de longs panaches et les rênes sont doublées d'épaisses chaînes en or. Rien ne saurait être plus gracieux.

A mesure que je feuillette, je découvre alors un véritable trésor de planches illustrées sur lesquelles figurent de fières comtesses, des rois magnifiques, de nobles chevaliers, des fées étincelantes, d'abominables sorcières, de merveilleux châteaux enchantés. Non, on ne pleure pas sur un tel livre, fût-il en français.

Et, durant toute la nuit de Noël, je reste allongée à contempler les images, et surtout la première, celle aux autruches qui, à elle seule, suffit à distraire pendant des heures.
Le jour de Noël, dès après la messe du matin, je sors un petit dictionnaire français et me lance dans la lecture du livre.

Ce n'est pas facile. J'ai, jusque-là, seulement étudié avec la méthode Grönlund. Si ces contes de fées parlaient du "petit chapeau du grand homme" ou du "parapluie vert du bon menuisier", je comprendrais, mais comment me débrouiller dans un tel texte en français et se déroulant sur plusieurs pages ?

Le livre de contes commence ainsi : Il était une fois un roi. Qu'est-ce que cela peut pouvoir dire ? Une heure au moins s'écoule avant que je sois capable de comprendre comment cela peut se traduire.

Mais les dessins m'attirent. Je veux savoir ce qu'ils représentent. Je devine, et je cherche dans le dictionnaire et ainsi progresse, laborieusement, ligne par ligne.

Et, quand vient la fin des congés de Noël, le joli petit livre m'a enseigné plus de français que ce que j'aurais assimilé en plusieurs années avec la méthode Aline Laurell et Grönlund."

mercredi 17 décembre 2014

Etre vigilant pour ne plus réagir, mais agir...


«La vigilance me permet de voir ce qui est au-dehors de moi, la circonstance que je rencontre, les conditions dans lesquelles je me trouve, et de voir la façon dont je réagis. Je vois une émotion qui se lève en moi, je vois une crainte, je vois un refus, je le vois…
Et ce JE qui voit n’est plus l’ego. C’est une vision tellement honnête et désintéressée qu’elle ne peut plus être une fonction de l’ego. Si nous sommes vigilants nous ne pouvons plus « penser », au sens péjoratif du mot penser. Nous éliminons tous les fonctionnements de l’ego qui nous coupent de la réalité.

Cette réalité vient à nous et nous en prenons connaissance directement, par une communion, avec toutes nos facultés de perception, avec notre sensation, notre sentiment et notre intellect, de façon objective, impersonnelle, silencieuse. Si la vigilance est active, le mental fait place à la buddhi, c’est-à-dire la vraie intelligence qui voit quel acte doit être accompli, quelle décision doit être prise. C’est la nécessité même des circonstances qui vous dicte la réponse, qui décide à votre place. Sans vigilance les prétendues actions ne sont que des réactions et, comme le disait Gurdjieff, l’homme n’est qu’une machine.»

"Au-delà du Moi" - Arnaud Desjardins

Photo de Eredel


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mardi 16 décembre 2014

"Nous vivons et nous mourons de nos images, pas de la réalité"



"Un fait divers qui m'avait ébranlée. Un employé des chemins de fer était entré dans un wagon frigorifique pour le nettoyer, et la porte s'était refermée derrière lui. Et le voilà enfermé dans ce wagon frigorifique. Comme c'était un vendredi soir, il est resté tout le week-end dans ce wagon frigorifique et évidement il est mort de froid. Seulement voilà, la réfrigération n'était pas branchée et il y avait 18° dans le wagon ! A l'autopsie, son corps a montré tous les symptômes d'une mort par refroidissement. Cet homme est donc mort de la représentation qu'il avait du froid. Il est mort de son imaginaire ! C'est quelque chose d'extraordinaire !

Nous vivons et nous mourons de nos images, pas de la réalité. La réalité ne peut rien contre nous. La réalité n'a pas de pouvoir contre nous. C'est la représentation que nous en avons qui nous tue ou qui nous fait vivre. Imaginez le contraire, imaginez un employé des chemins de fer enfermé dans un wagon frigorifique branché mais qui survivrait en visualisant le soleil tout un week-end. C'est aussi possible. Bien sûr que c'est possible et c'est ce que nous avons à faire dans cette société, où nous mourons de froid, où nos cœurs meurent de froid. Les pensées négatives sont puissantes et nous aspirent vers leur noirceur. Et la même force est à notre disposition dans la ferveur."

 Du bon usage des crises - Christiane Singer

Photo de AndreyBobir